‹ Du plaisir et de la douleurChapitre 53 sur 107 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Li sensibilité par sympathie. — Importance du rôle social de la sympathie. — Betentissement dans notre cœur des plaisirs et peines des autres. — Il n*y a pas doux principes de la sensibilité. — La sensibilité par sympathie a la même cause

• que la sensibilité personnelle. — Analyse des causes de la sympathie. — Ressemblance et analogie de nature. — Ce qu'on aime en dehors de soi est la môme chose que ce qu*on aime en soi. — Rien de plus doux à l'homme que l'homme. — La sympathie plus ou moins grande suivant Tétat social. — Rapports

^ et proportions des affections sympathiques avec les affections personnelles. — Divers éléments, d'après Jouffroy, du plaisir sympathique. — Explications diverses de la sympathie par Malebranchc, par Buin, par Spencer. — L'activité cause des plaisirs de la sympathie.

Tous les plaisirs que nous avons jusqu'à présent considérés présentaient ce caractère commun de sortir, pour ainsi dire, du fond même de l'individu et d'être l'accompagnement du jeu original et propre de ses diverses énergies. Mais voici une autre sensibilité, la sympathie, qui ne nous émeut quelpar une sorte de contre-coup, de répercussion de la sensibilité d'autrui. Admirons d'abord ici la

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multiplicité infinie, l'inépuisable fécondité de ces causes de plaisir, comme aussi de douleur, qui sans cesse nous émeuvent. Non-seulement il n est pas un seul mode de notre activité propre, quel qu'il soit, qui ne porte avec lui un certain plaisir, ou qui ne soit une occasion de douleur, mais il n'est pas, au dehors de nous, chez nos semblables, chez les animaux eux-mêmes, dans toute la nature animée et vivante, une seule trace de vie, de plaisir ou de douleur, dont nous soyons les témoins, qui ne se réfléchisse plus ou moins en notre propre cœur et ne puisse l'émouvoir à quelque degré. Sans doute cette seconde sensibilité, cette sensibilité d'emprunt, pour ainsi dire, n'a pas autant de profondeur ni autant de vivacité que la première, mais elle a une plus grande étendue; si son importance, est moindre au regard de l'individu, combien n'estelle pas grande au regard de la société ?

Ressentie au dedans de nous pour le compte des autres, et non pour notre compte propre, le rôle qu'elle joue dans le monde moral est semblable à celui de l'attraction dans le monde physique C'est elle qui tend à réunir tous les hommes entre eux par le lien si doux et si fort de la sympathie ; c'est elle qui est la mère de la pitié, qui, de concert avec les idées morales ou religieuses, ou même quelquefois à leur défaut, excite toute seule en nous la charité et le dévouement; c'est elle enfin qui est.

dans tous les cœurs, le puissant auxiliaire du grand précepte de s'aimer les uns les autres. « En donnant les larmes à l'homme, la nature montre, dit Juvénal, qu'elle a donné aux hommes des cœurs sensibles. C'est la meilleure partie de notre âme. Nous gémissons, par une loi de la nature, quand nous rencontrons le convoi d'une jeune fille... Cela nous sépare, ajoute-t-il, du troupeau des bêtes ^ » Telle est encore cette bonté naturelle dans laquelle Bossuet croyait voir la marque de l'origine divine de l'homme. Sachons-lui gré de ces belles et touchantes paroles : « Lorsque Dieu forma le cœur de l'homme il y mit premièrement la bonté comme le propre caractère de la nature divine et pour être la marque de la main bienfaisante d'où nous sortons. La bonté devait donc faire comme le fond de notre cœur et devait être en même temps

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