‹ Du plaisir et de la douleurChapitre 54 sur 107 · MoUissima corda · texte numérisé non relu

MoUissima corda

Humano {peneri dare se natora fatetar,

Quae lacrymas dédit, hsse nostri pars optima sensus.

Nature imperio gemimus quum funus adult»

Virginis occurrit

Séparai hoc nos A grege mutoram.

(Sot. XV.)

U ne nous semble pas qu*on puisse affirmer, quoi que dise ici Juvénal, qu'il n'y ait point de traces de sympathie chez les animaux et que ce soit là une ligne de démarcation absolue entre eux et nous. Bien des observations justifient la vérité de ce vers de Virgile, dans la description de la peste des animaux :

. . . it tristis arator Vœrentem abjungens fratcrna morte juvencum,

(Georg., liv. UI, v. 517.)

le premier attrait que nous aurions en nous-mêmes pour gagnerles autres hommes ^ > Schopenhauer, le plus pessimiste de tous les philosophes, a néanmoins merveilleusement célébré la sympathie, la seule chose, il est vrai, qu'il trouve bonne et qu'il laisse subsister dans la morale*.

Notre but n'est pas de donner ici une étude complète des phénomènes de la sympathie et des diverses lois qui les régissent. Pour cette analyse nous renvoyons à Aristote, à Spinoza, à Hume, à Adam Smith, à Rousseau*, aux Écossais, auxAn« glais et à Jouffroy. Il s'agit pour nous seulement de montrer ici que les plaisirs et les douleurs de la sympathie ne font nullement exception à la loi générale que nous avons établie, qu'il n'y a pas deux sensibilités, Tune pour notre compte, l'autre pour autrui, l'une égoïste, l'autre désintéressée,

1. Oraison fmiébre du prince de Condé. M dit ailleurs: « Cette puisuance divine qui a partagé la nature humaine entre tant de particuliers ne nous a pas tellement détachés Tun de Tautre, qu*il ne reste toujours dans nos cœurs un lien secret et un certain esprit de retour pour nous rejoindre. •

2. La sympathie est cet étonnant, on pourrait dire ce mystérieux passage de nous-même dans un autre être ; elle supprime les barrières de Tégoïsme ; elle fait en quelque sorte du moi le non moi. C'est donc le sentiment moral par excellence, un lien par lequel et dans lequel nous sentons que nous sommes tous frères. Avoir pitié, c'est devenir un être moral. Sympathiser avec la nature entière, c'est le véritable état du sage ici-bas. (Cité par Foucher de Careil dans son ouvrage sur Schopenhauer et Hegel, p. 286.)

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