‹ Du plaisir et de la douleurChapitre 59 sur 107 · Psycliologie · texte numérisé non relu

Psycliologie

sympathie est de régoisme étendu à tous nos semblables et même à tout ce qui sent et vit comme nous. Quant au plaisir qui s'y attaché, il a aussi son explication dans le redoublement d'activité excité par la sympathie. Jouifroy, il est vrai, y fait entrer d'autres éléments, mais qui ne sont qu'accessoires ou qui, en réalité, se ramènent à c$ même principe. Le premier est, suivant lui, le plaisir de la curiosité satisfaite que nous fait éprouver la découverte, à travers l'enveloppe matérielle qui la cache aux yeux, d'une matière active, animée, semblable ou analogue à la nôtre, dont nous suivons les divers mouvements ou manifestations. Cette découverte, cette curiosité satisfaite, sont-elles donc autre chose que le fait même sans iequel il n'y aurait pas de sympathie? A la curiosité satisfaite s'ajoute, d'après Jouifroy, le sentiment qu'on peut se soustraire à ce que la sympathie aurait de trop douloureux. Nous avons en effet la conscience qu'il dépend de nous de la faire cesser cette peine en nous éloignant, en détournant nos yeux , ou en portant ailleurs notre pensée. En outre, nous sommes assurés de n'avoir pas à redouter les conséquences fâcheuses , la responsabilité, le trouble intérieur, les remords qui agitent et tourmentent celui qui enferme dans son sein la passion avec laquelle nous sympathisons plus ou moins. Nous croyons, avec Jouf-

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froy, qu'en effet ce sentiment vient adoucir l'amerture de la peine que la sympathie transporte en nous, à la vue des souffrances d'autrui ou de passions violentes ; mais ce n'est encore là qu'un sentiment accessoire et secondaire qui. n'explique nullement la sympathie elle-même et le plaisir qui y est attaché.

Mentionnons encore une explication, plus originale et ingénieuse, à notre avis, qu'exacte et vraie, d'Alexandre Bain. La tendance d'une idée à pe réaliser au dehors, voilà, selon ce philosophe, le vrai principe de la sympathie. Nous sommes capables, dit-il, de concevoir les douleurs dès autres êtres par l'expérience personnelle que nous en avons et, quand nous les concevons, nous nous sentons disposés à faire les mêmes choses pour les soulager que si ces peines étaient nôtres. C'est la pure idée de douleur, 3ans réalité correspondante en nous, qui s'empare de notre esprit; mais cette idée nous induira à agir comme si elle représentait Une réalité dont nous aurions l'expérience propre. En .dehors de cette domination de l'idée, je ne vois rien, dit-il, qui puisse nous faire sympathiser, la volonté étant strictement renfermée dans les limites de notre propre conservation. Mais l'intelligence, qui peut se faire des idées delà condition des autres êtres sensibles, nous pousse aies traduire en acte et à nous conduire comme s'il

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s'agissait de nos propres peines*. Nous admet-? tons cette tendance, mais elle noua semble Feffet extérieur plutôt que la cause de la sympathie. C'est la sympathie qui nous pousse à traduire nos idées et nos sentiments en acte, et non cette prétendue tendance des idées à se réaliser au dehors qui fait la sympathie.

Nous accorderons à Herbert Spencer que l'amour de la faiblesse, amour qu'il rattache à l'amour des parents pour les enfants, des adultes pour les petits, chez l'homme et l'animal, est pour quelque chose aussi dans la douceur qui se mêle à l'émotion pénible de la pitié*. Mais nous croyons devoir faire dériver d'une source plus élevée et plus générale le plaisir de la sympathie.

Nous revenons ici à Jouffroy qui, aux deux éléments déjà indiqués, en ajoute un troisième plus important, de son propre aveu, que les deui autres. Cet élément qui est en effet, selon nous, le principal, consiste dans le surcroît d'activité qu'excite la sympathie. La sympathie double en quelque sorte les mobiles d'activité, dont le principe est en nous, par d'autres qui viennent du dehors, Aux pensées, aux sentiments formés directement en nous-même, elle en ajoute d'autres provoqués par

1. Intelligence et Sens, chapitre sur les Sentiments idéaux, 1874, trad. Gazelle.

S. Principes depsychologie^i. II, chap. des Sentiments altruistes.

le spectacle des êtres semblables ou analogues autour de nous ; de là un redoublement d'activité, de là le plaisir de la sympathie, même quand elle nous fait entrer en partage de la douleur des autres.

Ainsi la sensibilité est une ; les plaisirs sympathiques, comme tous les autres, découlent de Famour de l'être, amour qui embrasse à la fois ce qui est en nous et ce qui, hors de nous, est semblable à nous, non par une transformation, encore moins par une contradiction, mais en quelque sorte par un prolongement naturel, en vertu de l'identité ou même de l'analogie de nature. Ils ont donc aussi pour cause générale l'activité, et pour cause particulière, ce surcroît d'activité que détermine la répétition, la réflexion, en notre âme propre , des sentiments dont nous avons le spectacle, dans tous les êtres animés, dans toutes les autres âmes de la nature.

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