‹ Du plaisir et de la douleurChapitre 61 sur 107 · Ên.y lib. II · texte numérisé non relu

Ên.y lib. II

2. «Tristitiam meam transactara lœtus remlnitcor et tristis lœtitiam. » (Confess,, iib. X» cap. un.)

tant que nous soyons bien assurés de.rimpossibîlité de leur retour, et que nous nous es'timions désormais à Tabri de toute disgrâce du même genre. Ajoutons encore, pour ne pas paraître un instant nous mettre en contradiction avec le cœur humain et avec la morale, qu'aucun crime, aucune honte, aucune faute même, ne doit se mêler à ces souvenirs, sinon rien n'en tempérerait Famertume. Mais, sauf cette double réserve, il y a. quelque chose de doux à se souvenir de ce qu'on a souffert. Les moralistes et les poètes qui ont le nàieux connu le cœur humain en ont tous fait la remarque. Aristote, dans sa Rhétorique cite avec éloge cette maxime tirée d'une tragédie perdue d'Euripide : « Il est doux, quand on y a échappé, de se souvenir des dangers ^ » Au témoignage d'Euripide, il ajoute celui d'Homère, qui a aussi exprimé la même pensée dans ces deux vers :

€ L'homme qui a supporté beaucoup de fatigues et de travaux se complaît dans le souvenir de ses douleurs*. »

Il semble que, par cette vertu bienfaisante du

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(AVTjijLevoc, offTtç izoXka itaOï) xaf icoX>à eipyri.

{Odyss.y XV- chant, V. 390).

Chacun connaît le vers célèbre de Virgile :

Forsan et hsee olim meminisse juvabit

souvenir, par cet adoucissement après coup, la nature ait voulu mettre une sorte de compensation dans le cœur des malheureux. Mais nous risquerions de nous rendre suspect d'un optimisme excessif en insistant davantage sur des compensations dont, suivant une pensée bien juste de La Bruyère, ceux-là seuls peuvent être juges qui ont passé par les plus dures épreuves de la vie*.

Il y a certaines âmes, comme nous l'avons déjà remarqué, qui semblent se complaire dans les tristes et mélancoliques pensées et sur lesquelles les plus douloureux souvenirs exercent une sorte de charme et d'attrait. Telle est la force de cette habitude et de cette complaisance que les maux eux-mêmes peuvent se faire regretter, comme dit Antigone, dans Œdipe à Colone^, « L'homme, a

Sénèque a dit de même :

Quae fuit durum pâli Meminisse dulce est.

{Hercules furent, acte III, v. 650).

1. Voici complète cette pensée qui contient une critique si profonde d*un faux optimisme: « On demande si en comparant ensemble les diverses conditions des hommes, leurs peines, leurs avantages, on n*y remarquerait pas un mélange ou une espèce de compeusation de bien et de mal qu'établirait entre elles Tégalité ou qui ferait du moins que Tune ne serait guère plus désirable que Tautre. Celui qui est puissant, riche, et à qui il ne manque rien, peut former cette question, mais il faut que ce soit un homme pauvre qui la décide. » (Chapitre des Grands.)

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