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dit quelque part Chateaubriand, s'atta^^he même à ses malheurs. »
Mais, loin d'être agréable, le souvenir est amer quand il se reporte sur des maux que nous nous sommes attirés par imprudence et par défaut de conduite, quand nous venons à nous rappeler des fautes commises, des infractions à l'honneur et au devoir, des crimes ou des lâchetés; alors„ non-seulement la mémoire est sans nulle douceur, mais elle est sans pitié, elle nous inflige, pour notre châtiment, les plus douloureux, les plus accablants de tous les souvenirs, la plus grande des souffrances morales.
Plaçons-nous maintenant au point de vue opposé ; allons de la douleur au plaisir ; voyons comment la sensibilité est émue, non plus par le souvenir des maux passés, mais par la pensée des biens et des plaisirs qui ne sont plus. Ici la scène change ; ce n'est plus en plaisir, mais en douleur, que le plus ordinairement la métamorphose a lieu. Dans te souvenir de biens perdus et d'un bonheur évanoui, il est une peine, une amertume plus ou moins grande, selon que le contraste est plus ou moins grand avec les misères de la condition présente. Il n'est pas, dit Boëce, de plus grand malheur que le souvenir de la fortune passée au sein de l'infortune présente : « In omni adversitate fortunée infelicissimum genus est infortunii fuisse
infelicem^ > Dante a dit de même : « H n'y a pas de douleur au monde plus grande que de se rappeler du temps fortuné au sein de la misère*. » Gela est vrai sans doute, mais sauf des exceptions et des réserves analogues à celles que nous avons faites au sujet des transformations de la douleur à travers nos souvenirs. Comme nous avons distingué plusieurs sortes de maux passés, nous devons distinguer aussi plusieurs sortes de biens perdus. Il en est dont nous pourrions jouir encore, si nous ne les avions perdus, soit par notre faute, soit par les coups du sort et de la fortune, comme la richesse ou les dignités, ou tout simplement l'aisance et le bien-être ; il en est d'autres que nous avons perdus, mais pai* le train ordinaire de la nature et des choses, sans qu'il y ait de notre faute ou même de celle de la fortune, comme la jeunesse, l'amour, l'agilité, la force. Si le souvenir des premiers éveille la douleur et les regrets, la pensée de l'homme sage trouve du charme à se reporter sur ces biens dont il a joui autrefois et auxquels il ne peut plus raisonnablement prétendre. Que de dou-