‹ Du plaisir et de la douleurChapitre 67 sur 107 · Philosophie morale, i^ vol. p · texte numérisé non relu

Philosophie morale, i^ vol. p

un sentiment qui, comme nous l'avons vu, n'est pas sans douceur et sans consolation. Ainsi en est-il des souvenirs les plus douloureux, des plus grandes afflictions, du regret de ceux que nous avons perdus. Qui voudrait avoir le triste don de les oublier et sécher ses larmes à un pareil prix? Grâce au souvenir, quelque chose nous reste de ceux que nous avons aimés.

Il n'y a qu'un seul cas où la mémoire n'apporte avec elle que peine et amertume sans mélange, c'est celui des fautes commises, des actions basses, honteuses, criminelles. Mais alors la sensibilité, unie à la mémoire, est justement vengeresse, comme elle est rémunératrice quand il s'agit du bien; elle nous apparaît comme un auxiliaire essentiel de la morale, comme la récompense immédiate et assurée des uns, comme le châtiment non moins assuré des autres. Ainsi, à son plus haut degré d'amertume, la mémoire est bonne, d'autant meilleure même qu'elle est plus amère, car, de toutes les peines, elle est la plus juste, comme aussi la plus salutaire, la seule doQt jamais nul coupable au monde n'ait le droit de se plaindre. Le repentir ou le remords, tel est le nom de l'inévitable châtiment qu'inflige la mémoire à quiconque a mal fait.

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