‹ Du plaisir et de la douleurChapitre 76 sur 107 · Voir la dernière partie, la discussion avec Calliclès · texte numérisé non relu

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commune à tous les plaisirs du corps d'être néces sairement précédés de la douleur, et c'est ce qui les a justement fait appeler serviles ^ > Dans la République, il place, bien au-dessus des plaisirs du corps, d'autres plaisirs plus élevés qui sont sans mélange, qu'aucune douleur ne précède, qu'aucune douleur n'accompagne. D'ailleurs il combat lui-même, ce qui achève de mettre en lumière sa vraie doctrine, ceux qui prétendentque tout plaisir est une cessation de la douleur : « Je ne suis nullement de l'opinion de ceux qui veulent que tous les plaisirs ne soient qu'une cessation de la douleur, mais, comme je te le disais, je me sers d^eux, comme de devins pour prouver qu'il y a des plaisirs qu'on prend pour réels et qui ne le sont pas, et qu'un grand nombre d'autres, qui passent pour très-vifs, sont confondus avec des douleurs positives et des intervalles de repos au milieu de souffrances excessives, dans certaines situations critiques du corps et de l'esprit*. »

1. IX* livre. Mais il n*est pas vrai, comme il le dit dans ce même livre, que le malade qui prend pour un plaisir la cessation de a douleur prend Tombro pour la réalité. Ce n'est pas une ombre nais bien une réalité que le retour de l'activité à Tordre et à la loi.

2. Philèbe, trad. Cousin, p. 419. Voici encore un autre passage non moins explicite du IX" li^re de la République : • Maintenant pour que tu ne sois plus tenté de croire qu'en cette vie la nature du plaisir et de la douleur se réduii à n'être, l'un que la cessation de la douleur et l'autre que la cessation du plaisir, considère des plaisirs qui ne viennent à la suite d'aucune douleur. » (/6id.)Puis

Ainsi Platon lui-même avoue ici que, dans une intention morale, il a été au delà de la vérité en dépouillant de toute réalité les plaisirs du corps, pour les réduire à une simple négation de la douleur. Nous pourrions d'ailleurs, s'il en était besoin, après le témoignage de Platon lui-même, nous appuyer encore sur l'autorité d'un certain nombre de philosophes platoniciens de l'antiquité qui, avec les mêmes textes du Philèbe et de la Républiqtie^ ont parfaitement démontré que la doctrine de Platon ne dififéraît pas essentiellement de celle d'Aristote. Cependant citons la critique que fait Aristote, quoique à tort, de la doctrine de Platon : « Cette doctrine, dit-il, semble avoir été tirée des plaisirs et des souffrances que nous pouvons éprouver en ce qui regarde les aliments. Quand on a été privé de nourriture et qu*on a préalablement souffert, on sent une vive jouissance à satisfaire son besoin. Mais il n'en est pas de même pour tous les plaisirs. Jamais ceux que donne la culture des sciences ne sont accompagnés de douleur, et même, parmi les plaisirs des sens, ceux de l'odorat, de l'ouïe et de la vue, n'en sont pas accompagnés davantage. Et quant aux plaisirs de

U énumère un certain nombre de plaisirs et parmi eux il place même les plaisirs de Todorat, quoiqu'ils soient des plaisirs du corps. Aristote néanmoins opposera à Platon, dans un passage que nous citons, ces plaisirs de Todorat comme n'étant pas précédés d'une douleur.

la méhioire et de l'espérance, il en est bon nombre que la douleur n'accompagne jamais. De quoi ces plaisirs pourraient-ils donc être des générations, puisqu'ils ne correspondent à aucun besoin dont ils puissent devenir la satisfaction naturelle*? »

Aristote a sans doute raison ; on ne peut mieux montrer la fausseté de la doctrine qui donne à tous les plaisirs, sans exception, un besoin, une douleur pour antécédent. Mais cette critique, encore une fois, ne saurait justement s'adresser à Platon qui, non moins bien qu' Aristote, et avant lui, a enseigné que certains plaisirs, surtout les plus élevés de notre nature, ne sont pas au prix de la satisfaction d'un besoin préalable.

Quoi qu'il en soit, et sur la foi d' Aristote, bon nombre d'historiens et de philosophes ont faussement attribué à Platon ce sentiment de la génération du plaisir par la douleur. Rien de moins favorable au plaisir qu'une semblable doctrine, à la prendre dans toute sa rigueur. Jamais plaisir ne serait acheté que par la douleur, et il faudrait nécessairement passer par la peine pour rencontrer la joie. Il semble que nous sommes bien loin de la philosophie d'Épicure. Cependant c'est de là même que veut la faire dériver M. Dûment, dans sa classification ingénieuse, mais un peu ar-

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