‹ Du plaisir et de la douleurChapitre 78 sur 107 · Théorie scientifique de la sensibilité, cbap. H · texte numérisé non relu

Théorie scientifique de la sensibilité, cbap. H

De tous ces rares partisans, le plus original, comme le plus convaincu, est assurément le fameux Cardan. Non content de la professer en théorie, il a voulu en faire l'application à lui-même, dans la conduite de la vie et dans la recherche bien entendue du bonheur, sans reculer devant les conséquences extrêmes du principe, c'est-àdire en se procurant ingénieusement à lui-même des douleurs, dans le but de se procurer des plaisirs. Ainsi il raconte qu'il avait l'habitude de chercher à se donner à lui-même des causes de douleur, quand elles venaient à lui manquer, persuadé que la volupté consiste dans l'apaisement d'une douleur antérieure*. Il est même si convaincu de l'excellence de cette singulière méthode, qu'il trouve fort étrange que plusieurs eussent l'air de s'en étonner. Voilà assurément un genre de vie qui semble plus d'accord avec les pratiques des anachorètes qu'avec les maximes d'Épicure. M. Dumont cite un passage où Montaigne s'est plu à ne représenter le plaisir que comme une privation du mal ; mais il faut plutôt y voir ua trait lancé contre notre misérable condition qu'un système ou même une opinion : a La misère de notre condition porte que nous n'avons pas lant à jouir qu'à fuir, et que l'extrême volupté ne

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