Œuvres, t. iV, p. 38, trad. Jouffroy
chacun le sait, a quelque chose d'agréable. Ce n'est que lorsqu'il n'est pas satisfait à temps, ou d'une manière suffisante, qu'il se transforme en une souffrance qui est la faim '. De même aussi en est-il de l'instinct du sexe. Pour passer à des instincts d'un autre ordre, le désir de connaître qui éveille la curiosité^ qui met en jeu nos facultés intellectuelles, est d'abord une incitation agréable; il ne deviendra une peine qu'après la déception des vaines recherches, après la stérilité d'efforts tentés pour vaincre l'ignorance.
Tel est donc le caractère de toutes les manifestations primitives de l'instinct. Le besoin, la douleur, ne viennent qu'après l'attrait et le plaisir. Mais, quelque promptement que la douleur suive, toujours le plaisir a précédé, ne fût-ce même que d'un instant imperceptible. Il ne faut pas, comme Verri, opposer les cris de douleur de l'enfant dès qu'il vient au monde; ces cris arrachés par la vivacité de tant d'impressions nouvelles n'ont-ils pas eu pour antécédent le bien-être dans le ventre de la mère? Descartes a raison de dire : « Je juge que la première passion de l'âme a été la joie, parce qu'il n'est pas croyable que l'âme ait été mise dans le corps, sinon lorsqu'il a été bien disposé, et que lorsqu'il a été bien
1. c The appetite for eating commences with a pleasant feelûig. » (Bain, Intellect., etc., p. 145.)
disposé, cela nous donne naturellement de la joie*. »
Si, dans toute existence sentante, le premier moment est au plaisir et le second seulement à la douleur, ce n'est pas le plaisir qu'il faut définir par la privation de la douleur, mais la douleur par la privation du plaisir. En d'autres termes, des deux grands modes opposés de la sensibilité, le mode positif, pour parler la langue des physiciens, est le plaisir, tandis que le mode négatif est la douleur. Selon Schopenhauer, en opposition peut-être à la doctrine de la négativité du mal de Leibniz, c'est la douleur et non la jouissance, qui est le terme positif*, doctrine qui, d'ailleurs, se rattache à tout son pessimisme. Partout ce qui précède nous croyons avoir amplement démontré le contraire, ce qui cependant n'ôte rien à la douleur de son amertume et de sa triste réalité, si on la considère, non en elle-même, mais par rapport à nous.
Enfin quelques philosophes, parmi lesquels Hartmann, ont' prétendu qu'entre le plaisir et la