‹ Du plaisir et de la douleurChapitre 90 sur 107 · Essais de théodicée, Uy. III · texte numérisé non relu

Essais de théodicée, Uy. III

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impossible de passer sous silence les avantages et les fruits de la douleur dans Tordre moral.

Plus encore que le plaisir, la douleur semble le grand ressort de notre activité ; combien plus vivement nous pousse au travail, nous rend plus inventifs et ingénieux, la fuite d'un mal que la recherche d'un plaisir 1 Sans la douleur notre liberté endormie ne secouerait pas ses entraves; sans la douleur, nous vieillirions, pour ainsi dire, dans une longue enfance. C'est au prix de la lutte ou, ce qui est la même chose, au prix de la douleur, que notre personnalité se forge dans ce rude et merveilleux atelier de la vie présente*. On ne peut concevoir la patience, la force, le courage, le dévouement, la vertu, tout ce qui fait la grandeur et la dignité de l'homme, sans ce merveilleux

1. « La douleur, a dit Micbelet, est en quelque sorte Tartiste du monde, qui nous fait, qui nous façonne, nous sculpte à la fine pointe de son impitoyable ciseau. > — • Mieux vaut encore la douleur, a dit Fichte, qu'un état exempt de jouissance et de douleur, car dans la douleur on sent au moins, on se possède, et ce seul sentiment est un inexprimable bonbeur comparé à la privation absolue du sentiment de soi-même. > Voir ma traduction de la Méthode pour arriver à la vie bienheureuse^ Vil"* leçon. Voici un éloge semblable de la douleur par un philosophe mystique de nos jours : « Une partie de Tàme est-elle tombée dans Tinsensibilité de la mort, le charbon de la douleur y rallume aussitôt la vie. Elle remet aux mains de Thomme qui les avait reçues sans mérite de la création ses puissances radicales. Enfin la douleur an fond produit un effet que je ne sais trop comment exprimer, elle condense Tétre. Sous les coups répétés du marteau, le fer roug^i devient de Tacier. » (Blanc SaintrBonnet, De ladouleWt chap. III.)

aiguillon de la douleur et sans la victoire à remporter sur elle, t Virtutis calamitas occasio est», comme a bien dit SénèqueS dont cette pensée a été si souvent commentée.

Que si la douleur fortitie la volonté et développe les sentiments courageux, elle incline aussi le3 cœurs à la douceur, à la compassion, à la pitié, ce qui est la perfection du caractère humain. « Êtesvous doux, dit Blanc Saint-Bonnet, elle vous rend forts; êtes-vous forts, il faut bien qu'elle vous rende doux^. » Bien des fois les moralistes ont remarqué que celui qui n'a pas souffert est moins disposé à compatir aux souffrances des autres. L'aise la joie, l'abondance, a dit Bossuet mettent

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