‹ Du plaisir et de la douleurChapitre 94 sur 107 · Traité du bonheur · texte numérisé non relu

Traité du bonheur

inquiétudes sur l'avenir, dit Massillon, forment le poison le plus amer de la vie humaine, et les hommes ne sont malheureux que parce qu'ils ne savent pas se renfermer dans le moment présent, ils hâtent leurs peines et leurs soucis, ils vont chercher dans l'avenir de quoi se rendre malheureux, comme si le présent ne suffisait pas à leurs inquiétudes ^ i

Mais combien sont poignantes et profondes, alors même que nous ne travaillons pas à les grandir, ces douleurs morales qui appartiennent en propre à l'homme, la prévision de la mort, les déceptions de l'esprit et du cœur, les liens rompus de l'amour et de la famille, toutes les grandes tristesses qui correspondent aux plus grandes joies. L'humanité tout entière peut s'écrier avec Job : Domine, mirabiliter me crucias. Seigneur, vous me tourmentez merveilleusement ! Ou bien encore avec cet homme de la douleur : Voyez, tous tous qui passez, s'il est une douleur comme la tienne, vos omnes qui transitis in via, videte û est dolor sicut meus! Il n'en est pas, sans doute ; mais par cette raison même que l'homme est grand entre tous les êtres de ce monde. Qui mieux que Pascal, en quelques traits ineffaçables, a marqué cette inévitable con*espondance entre les

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