Premier sermon de la PuriAcation
grandeurs et les misères de notre nature : « La grandeur de l'homme est grande de ce qu'il se connaît misérable. Un arbre ne se connaît, pas misérable, mais c'est être grand que de connaître qu'on est misérable. Toutes ces misères-là mêmes prouvent sa grandeur. Ce sont misères de grand seigneur, misères d'un roi dépossédé. »
Ainsi, tout de même qu'il n'est pas possible de séparer la douleur du plaisir, tout de même il n'est pas possible qu'ils ne soient pas en proportion l'un avec l'autre. Les grandes joies ne sont qu'à la condition des grandes douleurs.
En récapitulant tous ces avantages de la douleur, au point de vue physique et au point de vue moral, on comprend bien que Montaigne, qui cependant n'est ni un théologien ni un mystique, ait pu dire : < Si Dieu nous eût donné tout à souhait, il faudrait le prier de nous faire l'aumône de l'empêchement. » L'aumône de l'empêchement, c'est l'aumône de l'obstacle, l'aumône de la douleur, comme unique condition de si grands biens. Ne faut-il pas aussi donner notre assentiment à ce que dit si ingénieusement Leibniz : < Gomme le grain qu'où sème est sujet à une sorte de corruption pour germer, de même le mal contribue à une plus grande perfection de celui qui souffre *. » Joufiroy,