‹ Du plaisir et de la douleurChapitre 96 sur 107 · Essais de théodicée, !•• partie · texte numérisé non relu

Essais de théodicée, !•• partie

SOUS une forme un peu paradoxale, a dit dans le même sens : a La vie est éminemment bonne parce qu'elle est éminemment mauvaise. »

Citons enfin ces beaux vers d'Alfred de Musset, en l'honneur de la douleur, qui résument toute notre pensée :

L'homme est un apprenti, la douleur est son maître,

Et nul ne se connaît tant qu'il n'a pas souffert.

C'est une dure loi, mais une loi suprême,

Vieille comme le monde et la fatalité.

Qu'il nous faut du malheur recevoir le baptême.

Et qu'à ce triste prix tout doit être acheté.

Les moissons pour mûrir ont besoin de rosée ;

Pour vivre et pour sentir, l'homme a besoin de pleurs ^

Telle est donc la justification de la douleur à laquelle, sous peine de contradiction, nous avons été forcément entraîné par la justification du plaisir. Nous n'irons pas jusqu'à dire, avec certains mystiques, que la douleur en elle-même est un bien ou, avec les stoïciens, qu'elle n'est pas un mal, qu'elle n'est qu'un nom. Mais nous pensons que, tout système métaphysique ou religieux mis à part on doit convenir, par la raison toute seule,

1. La Nuit d^octobre. Le môme poëte a dit ailleurs : Rien ne nous rend si grands qu'une grande douleur. (NuU de maù)

Il nous semble que Lamartine a été moins bien inspiré. Voir son hymne à la Douleur, dans les Harmonies,

que ce mal ne pouvait être épargné à notre nature dans ses conditions actuelles, ni même à une nature plus perfectionnée que la nôtre, comme nous l'avons vu par les vains efforts de Malebranche pour exempter entièrement de la douleur Adam lui-même avant la chute.

II faut enfin qu'on nous accorde qu'à ce mal de la douleur, nécessaire pour la conservation de la vie physique, sont attachés aussi les plus grands biens dans l'ordre inoraP.

1. Un certain nombre de médecins, pour lesquels nous ne prenons aucunement parti, ont même soutenu l'utilité de la douleur en. une certaine mesure, même comme moyen pathologique. Nous pouvons citer Volkamer, De dolore doloris remediOy Altemburg, 1739. •— Mojon de Gênes, SuW utilità del doloret ouvrage traduit en français par Michel. Paris, 1843, în-12. — Salgues, De VutUité de la douleur considérée en médecine, petit in-12, Dijon, 1823. — Discours sur la douleur y par Marc-Antoine Petit, dans un recueil intitulé : Médecine du cœw\ in-8, Lyon, 1806. — Bidard, De Vin^ ftuence des chagrins sur VhommÇt Paris, 1856.

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