OBSERVATION
Cas de tumeur flalulente de la lôte, ouverte et guérie par M. Lloyd, chirurgien à Wrexham. (Communiqué et lu par le D"" Hunter le 2 octobre 1780.) (1).
Eq mai 1779, j'ai examiné une tumeur sur la tète d'une femme d'environ 35 ans, robuste, et ayant toujours joui d'une bonne santé, et dans ce moment ne se plaignant de rien autre cbose. Cette tumeur était située, ou aussi près que possible, à la jonction de la suture sagittale et de la suture lambdoïtie, grosse environ comme un œuf de pigeon. Celte femme l'avait remarquée au commencement de mars; elle était tout à fait indolente et semblait au touciier contenir un Huidc; la malade disait qu'en la comprimant avec sa main cette tumeur disparaissait graduellement et eu totalité, et qu'à ce moment elle percevait toujours un bruit de sifflement dans l'oreille gauclie, et de plus qu'au bout d'une demi-heure la tumeur recouvrait sa forme et sa dimension. Je ne crus pas à ce récit, parce que la pression que nous fîmes successivement dans toutes les directions ne donna pas à la tumeur la moindre issue. Cette tumeur n'étant du reste nullement inquiétante, je crus ne devoir rien tenter tant qu'elle serait ainsi. Trois mois après je revis la malade; la tumeur avait augmenté et pouvait en-
(1) Médical observations aiil in/iuîries ôy a Socicly of physicians in London fi. VI, p. 192j.
core clisparaîlre sous la pression ; le bruit qu'elle produisait alors dans l'oreille était si fort qu'il pouvait être perçu par les assistants; cependant maintenant comme précédemment elle ne disparut après aucune de mes tentatives. La malade se plaignait de céphalalgie, de lassitude générale et d'avoir été quelque peu incommodée depuis quelques semaines. Ne soupçonnant pas que la tumeur fût la cause qui produisait ces troubles, la Femme étant évidemment pléthorique, je fis une saignée de 12 onces et je |)rescrivis trois ou quatre doses de médecine qui donnèrent un soulagement temporaire.
Au commencement de février je vis la malade par hasard, et à ma grande surprise je trouvai la tumeur augmentée jusqu'au volume d'un œuf de dinde. D'un autre côté, son volume était le même; seulement depuis quelques semaines elle avait résisté à toute tentative de pression faite pour la réduire; la santé de la malade était devenue beaucoup plus inégale; la céphalalgie était forte et constante, accompagnée d'étourdisscments, de nausées perpétuelles et de malaise; elle avait conslaniment une sensation d'engourdissement dans les extrémités, et surtout dans les bras, quelquefois au point de ne pouvoir les porter à sa tête; le gauche était surtout affaibli, et elle ne pouvait presque rien saisir avec les mains; le pouls était plein, les excrétions normales. Je lui dis alors de venir deux jours après chez moi pour lui ouvrir la tumeur, n'ayant alors avec moi rien de convenable pour faire cette opération; mais le jour suivant, à ma grande surprise, la tumeur avait triplé de volume, les symptômes s'étaient beaucouj) aggravés et je me décidai à l'ouvrir sur-le-champ. Je fis une assez grande piqûre avec une lancette ordinaire; la tumeur ccntenail seulement de l'air (aironlj) et pas une seule goutte de liquide. Le crâne éiaii carié dan: toute l'étendue de la tumeur, et toute la partie primiticemcnl atlcinle avait l'apparence d'un rayon de miel.
Environ une demi-heui'e après l'ouverture de la tumeur, survint une hémorrhagie très-considérable qui m'obligea à agrandir l'ouverture de façon k introduire entre le péricrànc et le crâne de la charpie et de la farine de froment (n'ayant rien autre chose sous la main}, ce qui, avec une douce comj)ressioa arrêta l'écoulement de sang, mais non sans que la malade en eût |)erdu beaucoup; le pansement ne se détacha pour laisser voir l'os que le sixième jour, et alors, contre mon attente, des granulations (le bonne a|)parence en couvraient toute la surface, à l'exception d'une petite portion de chaque pariétal la plus éloignée du centre de la tumeui-; il n'y eut pas celte su|)|)uralion fétide qui accompagne ordinairement les
ulcères carieux ; le pus fut louable dès le premier pansement, et le crâne et le péricràne adhérèrent fermement au bout de trois semaines, sans trace d'exfoliation; la plaie fut cicatrisée bientôt après. Tout symptôme disparut à l'instant même de l'ouverture de la tumeur, du moins je le crois, mais ne puis l'assurer à cause de l'alarme que produisit l'hémorrliagie et qui empêcha la malade de rendre compte de ses impressions pendant deux jours.
Le 13 du mois dernier j'appris qu'une autre tumeur du même genre s'était montrée sur la tête. A l'examen, elle parut de la même espèce, mais elle ne disparaissait pas sous la pression et n'était accompagnée d'aucun symptôme fâcheux; elle était située à la partie la plus supérieure du pariétal droit, s'éteudant au travers de la suture sagittale à une petite partie du pariétal gauche; elle avait la grosseur d'une noix environ, et son contenu était absolument le même que celui de la première; il n'y eut pas d'hémorrhagie ; l'os semblait avoir subi une exfoliation dans une grande épaisseur et séparé prématurément; la plaie resta longtemps ouverte ; lorsque cette tumeur fut incisée, l'oreille gauche perçut un bruit d'air.
Pour toute circonstance étiologique, on apprit que huit ans avant l'apparition de la tumeur la malade avait fait une chute de cheval sur le pavé: elle en perdit connaissance pendant quelques minutes, mais elle ne se rappelle pas qu'aucune partie de sa tête ait été frappée alors ni jamais.
OBSERVATION lï.
Tumeur venteuse à la tête , avec fonte et exostose des os du crâne ,
par Lecat (1).
Rn automne 1741, M. C me fit appeler en consultation chez M. de la
Roche, son médecin, pour une tumeur qu'il avait à la tête, au-dessus de l'oreille droite, vers la jonction de l'os temporal avec le pariétal. Cetfe tumeur était environ grande comme la main et de l'épaisseur de deux pouces; elle était molle, flatueuse et tendue; en la maniant, pour obliger le fluide de passer d'un côté à l'autre, elle faisait entendre un bruit qui ressemblait au craquement du parchemin; en appuyant sur le bord de la tumeur assez fermement pour en chasser tout le fluide ét pour porter le doigt sur l'os, je m'aperçus qu'il y avait dans le crâne des enfoncements et des émincnces,
(1) Recueil (les actes de la Société de santé de r./oii, t. I, p. 31 ; 1798.
surtout du côté de l'oreille; je conjecturai que ces enl'oncements étaieDt dénués du péricràne, car celte excavation était l'effet de l'altération de l'os, et celui-ci n'avait pu s'altérer sans que le péricràne eût été luimême et vraisemblablement le premier, ou altéré et fondu, ou séparé de l'os.
Le malade ne savait trop à quoi attribuer l'orijjine de cette maladie. Il nous dit que l'accouchement par lequel il était né avait éié laborieux, que la tète en avait été froissée, et que depuis il avait toujours eu la tète malsaine, sujette à des fluxions, à des tumeurs glanduleuses; que M. Godin, mon prédécesseur, l'avait. traité de ces dernières, et que dans un âge plus avancé, où les tumeurs glanduleuses étaient disparues, il lui était toujours resté une grande disposition aux (luxions, à catarrhes, à pituite, etc.; que des coups qu'il avait reçus dans cette partie, comme tous les enfants en reçoivent, avaient peut-être aussi contribué à la faiblesse de cette partie; qu'il avait observé que, quand il se livrait aux excès en liqueurs fortes, en vin de Champagne, il sentait des douleurs dans le côté droit de la tête; et qu'enfin, vers 1739, quelque temps après une débauche de cette espèce, il s'était aperçu qu'il avait eu cette région une petite tumeur de la grosseur du pouce, laquelle s'est augmentée peu à peu jusqu'au point où nous la voyons; que, quand il mouchait beaucoup, la tumeur diminuait; que, d'ailleurs, il était d'une sanlé parfaite et très-robuste; et que, quoique sa tête fût chargée de cette espèce de loupe, il n'y sentait jamais le moindre mal.
Nous examinâmes M. C partout, et nous l'interrogeâmes sur toutes
les actions de sa vie, dans la vue d'y trouver quelque principe de ce mal singulier.
Nous ne trouvâmes dans le genre glanduleux aucun vestige de levain scrofuleux. Il nous parut, par le récit du malade, que les glandes que M. Godin lui avait traitées dans son enfance étaient un engorgement Iluxionnaire et inflammatoire, tel qu'on en voit à tous ceux qui ont quelque fluxion, quelque érysipèle sur le visage, ou même une grande douleur de
dents; d'ailleurs, M. C avait le teint le plus frais, le mieux coloré, le
plus éloigné enfin du teint plombé des scrofuleux.
Les caractères de l'affection scorbutique convenaient encore moins à IVl. C Il nous restaitunc troisième ressource dont la malheureuse fécondité n'est que trop connue, et nous avions di grands soupçons que la fameuse loupe venteuse pouvait bien lui devoir son existence. M. C s'était
livré au plaisir et il s'y était livré avec trop d'ardeur pour avoir pu le faire
avec choix; cependant il nous assura, avec loulc la sincérité qu'on nous doit en pareil cas, qu'il avait toujours été plus heureux que ssf,e.
Les excellentes dispositions où nous trouvions le tempérament, la santé
de M. C achevèrent de nous persuader que sa maladie était UQ vice
purement local, vice qui, ayant attaqué le' péricràne de l'affection particulière qui produit la tympanite ou les tumeurs venteuses, avait occasionné en même temps l'altération du crâne, cette dernière partie étant redevable à la première de sa nourriture et de sa vie.
Nous décidâmes que M. C serait traité pendant trois mois avec des
résolutifs et des fondants, tant intérieurement qu'extérieurement, et qu'au bout de cet espace de temps, si les remèdes étaient sans succès, ou en viendrait à l'opéralion.
M. de la Roche suivit ce projet. Cependant la tumeur ne discontinua point d'augmenter.
Au commencement de mars 1743, c'est-à-dire environ un an et demi après notre consultation, M. de la Roche me fit pi ier de passer chez lui pour aller ensemble chez M. C
Quand je vis celui-ci, je fus effrayé de l'accroissement énorme de la tumeur, qui occupait alors les deux tiers du crâne; la matière venteuse, amassée en plus grande quantité, y était plus aisée à distinguer; la tumeur rendait du son comme une lymbale, et, en la pressant en différents sens, on sentait que l'on faisait passer l'air par différentes cellules qui formaient les lames détachées du péricràne; ce passage de l'air produisait encore des craquements dans les cloisons, en sorte qu'on les aurait cru formées de parchemin bien sec. Je remarquai dans le crâne la même altération que nous y avions sentie dans le premier examen; j'observai même que les excavations que j'avais aperçues à la première tumeur étaient devenues plus profondes, et que, dans l'espace dont la tumeur s'était emparée depuis peu, il y avait des excavations moins profondes, d'oii il était aisé de conclure que toute la tète allait être envahie par la tumeur, et que le crâne se creusant de jour en jour, il ne pouvait manquer de se percer à la fin, et qu'alors la maladie affectant la dure-mère et le cerveau, la mort du malade serait inévitable.
Nous fîmes l'opération le 8 mars 1743, à neuf heures du malin. Nous plaçâmes cette première incision dans la partie la plus basse de la tumeur, et celle où les téguments étaient le plus émincés. I,e ven-t s'échappa avec impétuosité et ne fut suivi d'aucune liqueur. Ayant passé aussitôt le doigt dans l'ouverture, je sentis l'os découvert de la largeur d'un liard; je dis-
liuguai aussi une pelite épine osseuse à côlé de l'os découverl, et différentes cloisons qui laissaient des ouvertures, des communications entre les cellules qu'elles formaient; je dilatai mon ouverture par le bas, et ensuite par le haut jusques à une cloison transversale où je m'arrêtai et j'emportai un lambeau des téguments; alors les os que j'avais sentis découverts et la cloison qui m'avait arrêté furent exposés aux yeux mêmes; l'os découvert paraissait creusé en rayons du centre à la circonférence. Cette inspection me persuada que la plupart des autres cavités que nous sentions au crâne devaient être pareillement découvertes du péricrâae, car il n'y avait aucune raison de penser que cet accident eût été particulier à ce seul endroit. Quoiqu'il en soit, j'a[)puyai avec les mains sur les autres régions de la tumeur pour en vider les vents; je réussis dans la plus grande partie, mais il y eut quelques cellules qui conservèrent encore un peu de ce fluide. Je remplis mon ouverture de charpie brute, et je couvris la tête de compresses trempées dans un mélange d'eau d'orge et d'un peu d'eau spiritueuse de lavande. Je visitai le malade quelques heures après, je trouvai son appareil et son traversin pénétrés d'une eau sanglante. Je renouvelai l'appareil et le saignai.
Je lui fis une autre visite l'après-diner, je trouvai encore son appareil et sés oreillers pénétrés des évacuations de la plaie; mais elles étaient tout à fait séreuses et blanches, et si abondantes que le malade en était faible, assoupi, et son pouls petit et enfoncé. Ces pertes continuèrent les deux ou trois premiers jours.
Je pansai l'os et le péricràne découvert avec l'eau de lavande seule, les téguments avec le digestif animé; je poussai dans les cellules de la tumeur affaissée une injection d'eau d'orge, animée un peu de la même eau de lavande, et je mis sur la tête des compresses trempées dans la même décoction plus animée. Les os découverts se recouvrirent eu peu de jours de bourgeons charnus, excepté quelques points d'exostoses qui restèrent douze ou quinze jours à se garnir; je couvris ces bourgeons de notre mé-. lange fait avec le baume d'Arcœus, le suppuratif cl l'onguent de styrax. Les jours suivants la fièvre s'alluma, il survint du délire, puis le malade fut pris d'une espèce de rhumatisme universel, qui faisait qu'on ne pouvait ni lui toucher ni lui remuer aucune partie sans lui causer de vives douleurs. La famille, justement alarmée, fit venir trois médecins et (rois chirurgiens |)oiir consulter avec nous sur cet état du malade.
Nous temporisâmes pendant quelques jours, après lesquels le délire et les ])rincipaux accidents furent entièrement cessés. Le 22 mars, je fis n la
partie antérieure du crâne une ouverture par laquelle nous devions porter dans toute la tumeur les injections et autres médicamenls convenables. Nous retirâmes de {grands avantages de cette ouverture, nous revivifiâmes par les injections toute cette vaste étendue caverneuse et oedémateuse; nous y portâmes ensuite des bandelettes chargées de digestifs, lesquels sortaient par la première ouverture, et nous établîmes une suppuration générale et abondante- Dans ce même temps, je découvris entre la première ouverture et l'oreille droite un sac considérable; sa profondeur et la grande quantité de pus qu'il rendait me fit soupçonner qu'il communiquait avec la duremère; je fus d'avis de l'ouvrir; le malade se refusant à une nouvelle incision, nous eûmes recours au cautère, que nous cachâmes sous un emplâtre qui devait, disions-nous, faire mûrir et percer la tumeur comme d'ellemême. Line première application de caustique, ni même une seconde, ne purent percer la grande épaisseur des téguments de cet endroit, et nous fûmes obligé quelque temps après, le 21 avril, d'achever avec la lancette ce que le cautère avait commencé. Je passai deux mèches par l'ouverture supérieure, dont l'une sortait par la première ouverture et l'autre par celte "dernière. Les trois plaies se cicatrisèrent; il nous restait seulement une petite ouverture à la partie antérieure et une au-dessus de l'oreiile.
Le 29 juin, la tête était regardée comme guérie et on ne la pansait plus.
Le malade eut à cette époque des phlegmons de la cuisse et des frissons, une arthrite du genou suppurée.
Il succomba le 18 juillet et le cent trente-troisième jour depuis son opération.
Suit le procès-verbal fait sur l'ouverture du corps de M. G
Nous soussignés, etc., certifions ce qui suit : 1° La tête, par laquelle on a commencé l'examen, étant considérée du côt'é droit, qui était le siège de la première maladie, elle nous a paru pleine d'éminences et d'enfoncements recouverls d'une peau et de plusieurs cicatrices solides, excepté en un endroit de la largeur de l'ongle du petit doigt. 2" Les cicatrices enlevées avec assez de peine, nous n'avons trouvé aucune humeur ni matière quelconque interposée, et nous avons remarqué plus distinctement grand nombre d'éminences très-saillantes, des enfoncements et des trous, dont quelques-uns pénétraient jusque dans l'intérieur du crâne. Celui-ci ayant été enlevé, nous avons observé dans son intérieur une altération de la largeur de quelques pouces, pareille à celle de l'extérieur, formant des
creux inégaux dans la substance de l'os; c'était à l'endroit de ces creux que se faisait la communication avec l'extérieur par les trous observés cidessus, et la dure-mère correspondante à ces creux était cliargée d'une excroissance fongueuse qui remplissait lesdits creux. Le cerveau était mou et sans aucune consistance, sui tout du côté de la maladie.