‹ Du pneumatocèle du crâneChapitre 7 sur 12 · OBSERVATION VU · texte numérisé non relu

OBSERVATION VU

Pneumalocèle du crâne. (Observation recueillie à Autrain, pendant le mois

d'avril 1858, par Voisin) (1).

Le sujet de celte observation est ua tisserand, k^é de 67 ans, nommé Jean Brault; il demeure à Autrain (Ile-et-Vilaine). Sa santé a toujours élc bonne, quoiqu'il se trouve dans des conditions hyf;iéniques peu favorables. Eu effet, cet ouvrier reste toute la journée enfermé dans un atelier mal aéré; il habite une maison humide et prend une alimentation peu réparatrice.

Le 5 avril 1853, Jean Brault vient nous montrer une tumeur énorme qu'il porte à la tête. Comme cette tumeur ne l'avait jamais fait souffrir et ne l'avait pas empêché de continuer son travail, il n'était point allé consulter de médecin ; mais depuis une quinzaine de jours, il ressent des maux de tête, et plusieurs fois le jour, il est pris d'étourdissements. Ne pouvant plus se couvrir la tête d'un chapeau depuis plus de deux mois, voyant la grosseur augmenter chaque jour et déterminer de la douleur, enfin n'osant plus sortir avec cette difformité, il désire se débarrasser de cette tumeur.

Dans les premiers jours du mois de mars 1857 (il y a treize mois), Jean Brault s'aperçut qu'il avait une petite tumeur, située au-dessus et un peu eu arrière de l'oreille droite. C'est le hasard qui lui fit découvrir cette petite tumeur; car, alors, n'étant pas plus grosse qu'une noisette, elle ne lui faisait éprouver aucune douleur. Cette petite bosse, qui a mis treize mois pour devenir aussi considérable que nous la voyons, est restée complètement indolente jusqu'au 20 mars 1858, c'est-à-dire pendant une année au moins. Elle a marché très-lentement pendant les dix premiers mois; mais, dans les trois derniers mois, et surtout dans les quatre ou cinq dernières semaines, elle a fait de rapides progrès, et aujourd'hui elle augmente encore. Cette tumeur s'est montrée successivement grosse comme une noisette, comme un œuf de pigeon, puis comme un œuf de poule, et enfin, dans ces quatre ou cinq dernières semaines, elle a envahi près des deux tiers de la surface du crâne. Elle a occupé d'abord la région mastoïdienne pariétale et occipitale du côté droit; ensuite, elle a gagné le coronal, l'occipital et le pariétal gauche.

(1) Thèses de Paris, 1860, u° 209.

La peau du cràue, soulevée dans une très-grande étendue, forme une énorme tumeur sans bosselures et sans changement de couleur. Sur les côtés de la tête, la tumeur est bien plus prononcée que sur la ligne médiane, oii l'on remarque une dépression partant du milieu de la hauteur du front et se rendant à la protubérance occipitale : c'est comme une gouttière peu profonde, légèrement encaissée de chaque côté et dans toulc sa longueur par deux saillies très-étendues. A droite de cetfe dépression médiane existe une vaste tumeur limitée en avant par l'arcade sourcilière, en dehors, par l'apophyse zygomalique et la partie inférieure de l'apophyse mastoïde, en arrière par la protubérance occipitale.

La distension de la peau au niveau de l'arcade sourcilière déBgure singulièrement le malade et gène beaucoup l'œil. A gauche de notre sillon médian, on voit une tumeur moins grosse que celle du côté opposé. Ses limites sont : en avant, la bosse frontale; en dehors, la bosse pariétale; en arrière, la protubérance occipitale. Ces deux saillies, que nous considérons comme ne faisant qu'une seule tumeur, sont en rapport, en dedans, avec le sillon médian que nous avons indiqué. 11 semble que cet homme est coiffé d'un énorme turban incliné sur l'oreille droite.

Au toucher, cette tumeurest molle etélasiique.Onladéprime assez facilement etsans faire éprouver de douleur; mais si l'on comprime assez fortement, le malade se plaint. En déprimant ainsi la tumeur, le doigt ne tarde pas à rencontrer, à différentes profondeurs, des saillies dures et résistantes, dispersées sur toute la surface du crâne occupée par la tumeur. Eu explorant ces saillies avec plus de soin, on les trouve très-rugueuses et très-inégales quant à leur forme, à leur hauteur et à leur volume; elles paraissent toutes être implantées perpendiculairement à la surface du crâne. Les unes, et c'est le plus grand nombre, ressemblent à de petites colonnes presque cylindriques, dout la surface serait entourée d'une infinité de rugosités. Les autres affectent la forme de petits cônes, ou plutôt de petits mamelons très-variables dans leurs dimensions. Vers le bord, postérieur du coronal droit, et sur le pariétal du même côté, on rencontre quatre ou cinq saillies qui ont bien 3 à 4 centimètres de hauteur. Sur le pariétal gauche s'élève trois ou quatre pointes osseuses, ayant près de 3 centimètres. Entre toutes les pointes, remarquables parleur hauteur, se trouvent un assez grand nombre de saillies osseuses bien moins élevées. Ces dernières sont en général mamelonnées, très-peu se terminent en pointe. A la percussion, cette tumeur donne dans toute son étendue uu son tyrapanique très-prononcé.

La santé générale n'a subi aucune altération. Cependant, depuis quelques jours, l'appétit a diminué. Le malade a conservé toutes ses facultés intellectuelles et sensoriales. Jean Brault ne sait à quoi attribuer sa maladie. Il n'a fait aucune chute et n'a reçu aucun coup sur la tête : il n'a point non plus été piqué ou blessé de quelque manière que ce soit.

Nous faisons voir ce malade à M. le D"" Robin, praticien distingué, à Autrain, ne voulant pas nous en tenir à nos faibles lumières ; nous nous décidons à ouvrir, à l'aide du bistouri, cette tumeur si remarquable.

Le 10 avril 1858, une incision est faite vers l'angle supérieur de l'occipital. A peine le bistouri a-t-il pénétré dans l'intérieur de la tumeur, que celle-ci s'affaisse d'elle-même tout à coup en faisant entendre un petit bruit de soufflet. On dirait qu'une outre pleine d'air vient d'être percée; l'incision en effet n'a donné issue qu'à de l'air.

En palpant alors la surface du crâne, on rencontre d'abord l'extrémité des éminences que nous avons décrites. Puis le doigt arrive vers la base de ces pointes osseuses et pénètre ensuite dans des dépressions profondes (une de ces cavités sur le pariétal droit nous paraît avoir près de 2 centimètres), très-irrégulières et parsemées, dans toute leur étendue, d'une infinité de petites dents ou de lamelles très-dures.

Le stylet, introduit par l'ouverture, accuse des surfaces osseuses, dénudées et très-irrégulières.

Une artériole intéressée par l'incision donne lieu à une légère hémorrhagie, que nous arrêtons par la compression. Ensuite nous faisons un pansement sim|)le, après avoir introduit une petite mèche de charpie entre les lèvres de la plaie, nous posons plusieurs compresses sur la tête, et, à l'aide d'une longue bande roulée, nous maintenons le tout en exerçant une compression moyenne.

Le 11. Le malade a peu dormi, la céphalalgie est continue, mais légère.

Le 12. L'étatdu malade est le même qu'hier.

Le premier pansement est fait le 13. Après avoir enlevé le bandage et la petite mèche, posée entre les lèvres de la plaie, on voit s'échapper une certaine quantité d'air, et pas autre chose. Des compresses sont appliquées (le nouveau sur la tête et maintenues par une bande roulée, exerçant une assez forte compression.

Les jours suivants, le malade présente des symptômes iuHammatoires, et la suppuration s'établit.

L'application du bandage compressif est continuée pendant quinze jours; puis le malade est pris, sous forme d'érysipèle, d'une inllammalion assez intense qui se termine en six à huit jours par une suppuration abondante.

Trois semaines après l'opération, la peau adhère presque partout et les inégalités ont presque disparu. Le malade éprouve de la céphalalgie et des étourdissements, cependant il peut reprendre et continuer son travail.

Deux mois après l'opération, le malade se plaint d'être presque sourd de l'oreille droite; ses élourdissements ont augmenté. 11 prétend entendre dans la tête un mouvement de balancier d'horloge , qui dure presqvie toute la journée, et qui augmente lorsqu'il tourne rapidement la tète.

La peau est pourtant adhérente, et les saillies osseuses, les rugosités, ont disparu partout, excepté sur la région mastoïdienne droite, où l'on rencontre encore de petites inégalités. Là aussi la peau est moins adhérente!

Six mois après l'opération, la surdité existe encore du côté droit; les élourdissements ont cessé; le malade n'entend plus que de loin en loin le mouvement du balancier, qui dans les premiers temps était presque continu.

La tête ne présente plus aucune trac e delà maladie; la guérison es complète.

Il y a aujourd'hui (août 1860) deux ans et quatre mois que cette tumeur a été opérée; aucune récidive ne s'est produite, et cet homme continue de jouir d'une santé parfaite.

OBSERVATION Vlll.

Tumeur gazeuse située au côté gauche de la tête, par le Dr Ribeiro Vianna (t

N.-T. P., âgé de 20 ans, tempérament lymphatique, constitution or dinaire, sacristain, se fit, il y a quelques mois, en se grattant l'oreille gauch avec une épingle, une piqûre dans le conduit auditif. Cette piqûre donn lieu à une légère inflammation qui se dissipa facilement. Quelque Icm après (juin 1881), il s'aperçut de l'existence d'une |)elile tumeur de la gros seur d'un noyau d'olive, située au-dessus et en arrière de l'oreille gauch Cette tumeur augmenta progressivement de volume, sans produire aucun

(1) Gazcla medica ilc. fJsboa, série S'"", t. I, n 25, 13 de dciembro I8G2.

idouleur,jiisqu'au mois de février ou mars 1862, oià elle disparut subitemeuC, ten même temps qu'il survint un écoulement d'un liquide puriforme (?j par lie conduit auditif. Peu de temps après la tumeur parut de nouveau et augimenta de même, toujours sans causer de douleur, jusqu'à l'entrée du malladeà l'hôpital, le II mai 1862, La tumeur présentait alors le volume d'un ipain d'une demi-livre. Elle occupait le côté gauche de la tète, au-dessus de H'oi-eille, qu'elle écartait un peu en dehors. La tumeur était molle, mais lélastique, lisse, sans changement de couleur à la peau, indolente, même à une forte pression. A travers ses parois on pouvait sentir au toucher des ; aspérités et quelques points durs, saillants, fixes, et de différentes dimensions. L'état général du malade était normal.

Le 19 mai, M. Ribeiro Vianna procéda à l'opération: il lit deux incisious en croix dans toute l'étendue de la tumeur, qui sitôt piquée s'affaissa en se vidant de l'air qu'elle contenait. Seulement en écartant les quati-e lambeaux, le fond de la tumeur offrait une apparence très-curieuse. La circonférence était formée par des dépôts osseux disposés en arcades parfaitement régulières dans quelques endroits et perpendiculaires aux os du crâne. Les colonnes de ces arcades étaient entièrement ossifiées, tandis que les arcs, unis avec la paroi supérieure, étaient à l'état cartilagineux. Vers le centre, il y avait comme des stalactites osseuses de foraies variées et de hauteurs différentes; c'étaient ces saillies qu'on sentait à travers les parois de la tumeur. Toutes ces saillies, ainsi que les arcades, furent extraites avec plus ou moins de facilité : tantôt il suffisait de gratter avec la manche du scalpel, tantôt ou était forcé d'employer le grattoir et même la lime. Au-dessous on trouvait les os du crâne lisses et dans leur état normal. Pour enlever complètement toutes ces concrétions, il fallut racler le crâne depuis l'apophyse mastoïde jusqu'au voisinage de la suture occipito-pariétale.

L'opération terminée, ou recouvrit les os avec les lambeaux qui furent réunis au centre par quelques points de suture et on pansa la plaie avec un linge cératé et de la charpie. Uu érysipèle survint: les lambeaux furent en grande partie atteints et détruits par la gangrène eu laissant l'os à découvert : il en résulta une nécrose moléculaire et superficielle; la nécrose s'arrêta et il apparut sur quelques points uu tissu granuleux qui s'étendit lentement sur la surface osseuse jusqu'à sa com|)lète cicatrisation. Le malade sortit guéri de l'hôpital le 15 août.

lin mois après il revint à l'hôpital avec uue tumeur sous-culanée de la région mastoïdienne un peu plus grosse qu'une noisette; on la ponctionna

et elle disparut, car elle ne contenait que de l'air qui s'échappa par la piqûre.

Quelque temps après le malade reviut encore à l'hôpital avec une tumeur un peu plus grosse que la prccédeute et située dans la même région. A la suite d'une forte pression avec les doigts, celte tumeur disparut elle malade déclara avoir senti de l'air s'échapper par le conduit auditif.

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