‹ Du pneumothorax essentiel ou pneumothorax sans perforationChapitre 10 sur 25 · OBSERVATION V · texte numérisé non relu

OBSERVATION V

De l’air daijs le thorax qui arrêtait la respiration et a causé la

mort.

« Le 18 janvier de l’année dernière, dans notre hôpital de la Cliarité, mourut un jeune soldat nommé Herzoq. Il était dans sa dixhuitième année ; son corps était musculeux et bien constitué, et sa stature allait à 5 pieds 11 pouces. Pendant dix jours qu’il passa dans cet hôpital, il se plaignit d’une extrême anxiété et difficulté de respirer, ne pouvant le faire que quand il était à son séant dans le lit; son pouls était fréquent, mais il n’expectorait point de pus; sa toux n’était même continuelle, ni phthisique. La saignée ne lui procura aucun soulagement, et il en fut de même de tous les remèdes qu’il prit; au contraire, la difficulté de respirer, allant toujours en augmentant , il y succomba et mourut.

«Avant que d’entrer à l’hôpilal , il avait passé dix-sept semaines au lit, se plaignant toujours de la respiration difficile, mais ne pouvant indiquer aucune cause de son mal.

«Je disséquai son cadavre. Ayant ouvert l’abdomen , je trouvai le foie dans un état de dépression , étant placé au-dessous des carti-

(1) Meckel , Hisloire de l’ /icadémic rojale de Bcitin, t. XV, |). 42; 1759, 1862. — Proust.

1 âges fies côtes de l’hypochondre droit , et même obliquement, en sorte qu’il était j3lus élevé du côté gauche , et plus enfoncé vers en bas, dans le côté droit; le diaphragme, convexe en bas, s’avançait dans le côté droit, dans la cavité de l’abdomen , au-dessus du lobe droit du foie, de manière qu’il paraissait gonflé comme une vessie au-dessous des cartilages des côtes septième , huitième et neuvième. Par celle raison, le foie, dans ce côté, était déprimé au-dessous de l’hypochoïidre, son lobe droit s’enforiçant dans la cavité de l’os droit des iles ; il était placé sur l’intestin cæcum, la première courbure du côlon étant déprimée dans la région de l’os des iles, audessous du lobe droit du foie. De ce côté droit, le côlon passait à la crête de l’os des iles du côté gauche, sous la grande courbure du ventricule, qui s’enfonçait dans le côté droit; puis il remontait derrière le ventricule, dans l’hypochondre gauche, jusqu’à la rate, d’où, faisant une courbure fort aiguë , il descendait , suivant son cours naturel, devant le rein droit. Je soupçonnai que, comme il arrive souvent, la cause de ce phénomène se trouverait dans du pus ou de l’eau répandue dans la cavité du thorax, surtout voyant que le diaphragme, pressé en arrière, s’avançait vers l’abdomen avec l’apparence d’une vessie pleine d’eau. Mais quelle ne fut pas ma surpi ise quand , après l’ouverture du diaphragme, il sortit avec bruit de l’air du thorax par le plaie faite au diaphragme, qui, de gonflé qu’il était auparavant par en bas, se releva vers le thorax et se relâcha! Dans la cavité même du thorax, à droite, au-dessus du diaphragme, jusqu’à la troisième côte, il y avait un vide que le poumon ne remplissait pas, mais qui était dégagé, sec, et garni partout de la plèvre blanchâtre, et seulement un peu plus épaisse qu’elle n’a coutume d’être naturellement; une mucosité déliée y était répandue par-dessus. Le poumon de ce côté était sec, dense et d’une substance consistante; i! ne s’y trouvait aucun air; il était noueux, sansêlre squirrheux; seulement il était rempli de petits vaisseaux durs et qui se serraient de près; il était un peu adhérent à la deuxième côte par sa partie antérieure, mais le reste était libre; par-dessus,

c’est-à-dire vers le dos, ce poumon se terminait à la septième côte, quoique naturellement il eût dû atiîeindre jusqu’à la douzième. En soufflant de l’air, même avec la plus grande véhémence, par !a trachée-artère, on n’en put point introduire dans le poumon droit, au lieu qu’il entrait fort librement dans le gauche, dont l’état était parfaitement naturel.

«Il paraît donc que l’orifice de la trachée-artère, rempli d’une mucosité assez dense, avait empêché l’air d’entrer et de sortir librement par le conduit bronchial , continuation de la trachéeartère de ce côté-là. Voilà pourquoi l’air renfermé dans ce poumon droit, étant raréfié par la chaleur, brisa ses parois, et ensuite , s’étant répandu dans la cavité du thorax et s’y dilatant par sa propre expansion , il comprima le poumon et y empêcha la circulation du sang aussi bien que celle de l’air, ce qui causa les anxiétés, la • difficulté de la respiration, la fréquence du pouls, et enfin la suffotion avec la mort.

«Cette observation, extrêmement rare, n’est pas inutile pour réfuter l’opinion d’un air élastique entre le poumon et la plèvre, nécessaire pour le mécanisme de la respiration. I! est plutôt clair, par le changement dans ce corps , que l’air répandu entre la plèvre et le poumon, bien loin de faciliter la respiration, y mettait obstacle par la compression du poumon. »

Cette observation de Meckel , intéressante pour l’époque où elle a été prise, n’a aucun des caractères de l’affection que nous cherchons à étudier ; on ne dit nullement qu’il n’y avait pas de perforation.

III. Quelques autres faits sont des exemples de pleurésie : telle est l’observation suivante de Legroux, citée dans la thèse de M. Saussier.

Page 1