LATTES
Sergent, et Léon Bernard, exposèrent chacun leur point de vue. En particulier, M. le Professeur Bar, évoquant les discussions antérieures de 1824 et 1852, à propos de la conduite à tenir en cas de gestation et tuberculose, rappela qu'autrefois déjà les avis étaient partagés sur cette intéressante question « Bejin, comme M. Pinard aujourd'hui, s'élevait contre l’avortemeñt thérapeutique, alors que Velpeau et Cazeaux partageaient l'opinion actuelle de M. Bar sur la nécessité de cet avortement ».
Sans vouloir prendre parti dans les discussions, il faut évidemment convenir que l'influence fâcheuse observée quelques jours après l’accouchement, cette sorte de coup de fouet suractivant la tuberculose torpide a été reconnue par la plupart des auteurs. Pour M. Pinard lui-même, on peut admettre que, très souvent, la gestation aggrave la tuberculose, bien qu'assez souvent cette opinion ne soit pas reconnue par tous les accoucheurs et phtisiologues. Pour sa part, tout en s’élevant avec force contre l’idée de l’avortement thérapeutique, idée défendue avant guerre par l'Ecole allemande (Schlatau, Kraus, Schweitzer), par quelques Américains avant et après guerre (Morris, Elliott, Walsh), soutenue avec exagération par Bompiani et Pasquali (congrès de Rome 1886), puis par Maragliono (1907) qui, lui avait posé comme axione absolu, la nécessité d'interrompre systématiquement toute gestation survenue chez une tuberculeuse, M. le Professeur Pinard accepte cependant les conclusions de M. le Professeur Bar, qui précise que, le plus souvent:«la grossesse constilue: 1° un événement sérieux chez toute femme dont la tuberculose est en évolution active au moment de la conception (selon les cas aggravation de 4o à 54 %, plus, en cas de bilatéralité) ; 2° une catastrophe chez les tuberculeuses avancées ; 3° un risque réel et parfois très grave chez toute tuberculeuse menacée de tuberculose active, car du fait même de sa gestation, la tuberculeuse est
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en état d’anergie, ce que M. le Professeur Bar tente de prouver en montrant que la femme tuberculeuse en état de gestation réagit très mal à la cuti-réaction à la tuberculine, alors que la cuti-réaction redevient positive après l'accouchement prématuré (Bar et Devraigne : Sensibilité à la tuberculine, Revue Mens. d’Obst., Avril 1905) ».
MM. Nobécourt et Paraf ont mis d’ailleurs depuis encore d'avantage en évidence ces modifications de la réaction à la tuberculine (Nobécourt et Paraf : L'anergie tuberculeuse au cours de la gestation, Société Méd. des Hôp., Novembre 1919).
Toutefois, M. le Professeur Pinard dit, par ailleurs : « Il faut reconnaître que, parfois, la tuberculose pulmonaire n’est influencée, ni en bien ni en mal, par la gestation et que même, dans un petit nombre de cas, les symptômes paraissent manifestement arrêtés. » (Voir observations n° 8, 2° groupe, et n° 3, 4° groupe).
Au cours de la discussion sur gestation et tuberculose en 1922, à l’Académie de Médecine, M. le Professeur Pinard, revenant encore une fois sur la question, conclut en disant : « En face d'une femme tuberculeuse en état de gestation, soignez la tuberculose et surveillez la gestation ». Sans vouloir donc “rendre parti dans les innombrables controverses qu'a soulevées cette question, sans même chercher la salhogénie de la brusque et dangeureuse évolution ‘a la tuberculose, suivant très souvent l’accouchement (MM. Sergent et Siredey), évolution accélérée dont certains auteurs ont recherché les causes dans des phénomènes mécaniques de brusque décompression, suivant la sortie du fœtus, reconnaissons qu'un certain nombre de médecins ont recherché, depuis la découverte du pneumothorax artificiel si son application systématique n’empêcherait pas ces accidents (Sergent : Pneumothorax bilatéral préventif. Paris-Médical, 1* janvier 1926, Bruxelles-Médicale
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1927, p. 395 ; Frostin : Thèse de Paris, 1925) ou si tout au moins, en cas de lésions assez localisées. l’institution d’un pneumothorax artificiel ne parviendrait pas à obtenir un arrêt de l’évolution tuberculeuse, arrêt dont l'avortement thérapeutique ne donne au contraire presque aucune certitude (Léon Bernard : Académie de Médecine, 19 décembre 1922).
On sait en effet que, malgré l’exclusive lancée par M. le Professeur Pinard contre toute idée d'interruption thérapeutique de la gestation, M. le Professeur Bar, plus éclectique, proclamait que, bien que n'étant qu'une méthode d’exceptions, l’intervention pouvait cependant, dans certain cas, être la méthode de choix (Académie de Médecine, 14 novembre 1922) et M. le Professeur Sergent, au cours de la même séance, adoptait également cette dernière facon de voir que Colombet en 1903, Monnier en 1908, avaient soutenue dans leur thèse.
Mais, d’ailleurs, ces questions étudiées à nouveau au Troisième Congrès de l'Association des Gynécologues ét Obstétriciens de Langue Française (Genève, août 1923) firent l’objet d’un long rapport de MM. Weymeersch et Albrechts, qui déclaraient, entre autre, que :
1° L'influence de la gestation sur la tuberculose est variable suivant les cas : bénigne dans les formes fibreuses, elle constitue une complication redoutable dans les formes évolutives (à cause de ses propriétés anergisantes).
2° Au point de vue des modes de traitement de la gestante tuberculeuse et de la valeur qu'on doit leur attribuer, ils remarquent que : dans l’état actuel de la question, il existe deux modes de traitement très opposés, appliqués à la tuberculose de la femme en état de gestation :
a) le traitement chirurgical qui consiste dans l'interruption de la gestation (simple, ou hystérectomie) ;