CHAPITRE V
4° Groupe.
5 observations de Tuberculeuses devenues enceintes en cours de traitement d’un double pneu-
mothorax.
Tuberculose traitée par un pneumothorax bilatéral chez une malade devenue peu après enceinte. — La malade a mené à bonne fin sa grossesse et a accouché tout à fait normalement. — Trois ans après l’accouchement, son état général est toujours très satisfaisant.
OBsERvATION N° 1
(Cette Observation fut présentée le 8 décembre 1928 à la Section d’études Scientifiques de l’OEuvre de la Tuberculose, par MM. les Docteurs Rist et Coulaud.)
La malade que MM. Rist et Coulaud présentèrent à cette séance, était traitée par un pneumothorax artificiel gauche depuis le 5 décembre 1927 ; ce pneumothorax avait été établi pour des lésions confluentes intéressant les trois quarts supérieurs du champ pulmonaire et une caverne de 3 cm. située sous la clavicule. Rapidement, on constata des signes de bilatéralisation ; un second pneumothorax fut alors institué à droite.
Six semaines plus tard, débuta une grossesse
qui se poursuivit sans incidents. La malade accoucha normalement le 16 août 1928, à Baudelocque, d’un garçon vivant pesant 2 kilos 500, qui est actuellement toujours très bien portant.
En décembre suivant, c’est-à-dire 4 mois environ après l'accouchement, les crachats étaient réduits à 2 ou 3 par semaine (au lieu de 10 précédemment) la laryngite tuberculeuse qui existait auparavant, était guérie, et le cliché montrait un éclaircissement progressif des moignons pulmonaires. Les deux pneumothorax ont été régulièrement entre-
tenus depuis leur institution.
A la date du 8 décembre 1928, en publiant cette observation de grossesse menée à terme au cours d’un pneumothorax bilatéral, MM. Rist et Coulaud faisaient ainsi paraître le premier cas de ce genre.
Il nous a paru intéressant de savoir ce qu'il était advenu par la suite de cette malade, qui fut toujours régulièrement suivi depuis cette époque au dispensaire Léon Bourgeois ; près de 3 ans après l’accouchement, son état est toujours extrêmement satisfaisant.
Pneumothorax bilatéral et grossesse.
Tuberculose ulcéro-caséeuse du sommet gauche à tendance évolutive rapide, soignée par un pneumothorax gauche institué en juillet 1924. — La malade avait été considérablement améliorée par la coilapsothérapie, lorsqu'apparurent, deux ans plus tard, à la suite d’une broncho-pneumonie, des signes de bilatéralisation. — Un second pneumothorax institué alors se révéla également efficace. — Les deux collapsus furent régulièrement poursuivis. — Deux ans après l’institution du second pneumothorax, la malade supporte parfaitement bien une grossesse et accouche normalement. -—- Actuellement, plus de deux ans après l’accouchement, la malade, chez qui le traitement est toujours poursuivi, se trouve en parfait état et travaille régulièrement.
OBsERVATION N° 2
(Cette observation fut présentée le 11 mai 1929, par les Docteurs Triboulet et Valtis, à la section d'Etudes Scientifiques de l’OŒuvre de la Tuberculose. Depuis plus de 2 ans, nous avons pu, avec notre ami le Docteur Triboulet, suivre régulièrement cette malade qui affirme elle-même que son état s’est considérablement amélioré depuis le début de sa grossesse. — Dans ce cas, comme däns notre observation N° 8 (3° groupe), il semble donc que la gestation ait eu un heureux effet.)
Mme Evan. Stella, 29 ans.
La malade, d’origine grecque, est arrivée à Paris en 1920, à l’âge de 18 ans. Supportant fort mal au début le climat, se surmenant beaucoup dans son
travail, elle se met à tousser et commence à maigrir à la fin de l’année 1923 (elle maigrit de 10 kilos en 10 Mois).
Dans les premiers mois de 1924, elle fait successivement une bronchite traînante, une grippe, une angine grave avec température élevée. Depuis lors, la malade a commencé à tousser et à cracher beaucoup, a présenté de la température vespérale, son amaigrissement s’est accentué très notablement. La malade vient consulter au Dispensaire Léon Bourgeois, en fin mai. L’auscultation révèle alors, une diminution de la respiration à gauche avec, au sommet de nombreux râles à tendance humide et en avant la percussion montre à ce niveau une matité assez prononcée. La radiologie, d’ailleurs, met en évidence une diminution de transparence non homogène sur toute la hauteur du champ pulmonaire gauche, avec aspect en mie de pain caractéristique à la partie supérieure. L'expectoration renferme en outre de nombreux B.K. On se trouve donc en présence d’une tuberculose en pleine évolution.
La malade est admise le 7 juillet 1924 dans le Service du Professeur Léon Bernard, à l'Hôpital Laënnec. À son entrée, la radiologie montre que. l'évolution excavante s’est rapidement poursuivie on trouve, en effet, une assez vaste spélonque au sommet gauche et, d’ailleurs, on entend nettement un souffle cavitaire à l’auscultation.
En présence de la marche rapide de cette tuberculose ulcéro-caséeuse à prédominence lobaire supérieure gauche très nette (il n’y a que quelques taches dans la région hilaire droite), le Professeur Léon Bernard et le Docteur Triboulet, décident d’instituer un pneumothorax artificiel gauche, à ce moment la malade pèse 53 kilos 200.
1” insufflation, le 22 juillet 1924 : —22 300 —r6. 2° insufflation, le 24 juillet 1924 : —22 300 —r2. 3° insufflation, le 27 juillet 1924 : —10 450 —10.
Les insufflations sont poursuivies régulièrement aux alentours de 4oo cm3.
Un mois après le 28 août, la malade a repris plus de 6 kilos (poids 59 kilos 800). Dès le début, on a obtenu un collapsus complet, l’amélioration est considérable, on poursuit le traitement,
ainsi, 9 septembre: —8 325 —6.
16 octobre : —12 oo —6.
la malade pèse 60 kilos le 6 septembre, 63 kilos 5 le 13 octobre. Le 25 octobre, elle sort de l'Hôpital, pesant 64 kilos 200 ayant engraissé de 11 kilos en trois mois.
Les insufflations sont régulièrement poursuivies pendant 31 mois. Pendant ce temps, la malade engraisse de plus de 20 kilos, son état général est extrêmement satisfaisant ; mais en décembre 1926, deux ans et demi environ après le début du traitement, la malade fait chez elle une nouvelle grippe avec bronchite et congestion s’accompagnant d’une température à 4o° pendant assez longtemps. L’expectoration réapparaît : le médecin de ville porte le diagnostic de broncho-pneumonie. Au bout d'un mois de maladie, la température restant toujours aux alentours de 39°, la malade est admise à nouveau à l'Hôpital Laënnec, ayant maigri d'environ 7 kilos.
À son entrée, les examens radiologiques révèlent une persistance très nette à gauche du décollement (la dernière insufflation a eu lieu 4 jours plus tôt) le parenchyme pulmonaire bien qu’un peu assombri semble normal sauf dans la région hilaire où se voient quelques taches ; à droite, au contraire,
il existe de fines taches disséminées, sur la totalité du champ pulmonaire, mais prédominant à la partie moyenne, on note sous la clavicule la présence de taches claires indiquant l'existence de petites spélonques.
L'auscultation révèle d’aileurs, à ce moment, la présence à droite de râles assez gros à tendance humide. Enfin, la percussion montre une matité du sommet droit.
Devant cet aspect, le Professeur Léon Bernard
et le Docteur Triboulet décident de n’entretenir le neumothorax gauche qu’à intervalles assez éloignés et d’instituer un pneumothorax droit. Le 24 février 1927, on insuffle encore à gauche : —10 100 —6. Le 26 février a lieu la première insufflation à droite : 200 oxygène, 200 azote, —8. Le 1° mars deuxième
insufflation à droite : —14 {oo —r0.
le 4 mars, troisième insuffl. à droite : —10 300 —6. le 9 mars, on insuffle à gauche : —12 200 —3.
le 11 mars, à droite : 400.
le 15 mars, à gauche : 150.
Par la suite, les insufflations sont poursuivies réculièrement deux fois par semaine, une fois à droite et une fois à gauche,
ainsi, le 6 mai, à droite: —14 375 —1r0.
le ro mai, à gauche: —6 150 —4.
La malade sort de l'Hôpital le 25 juin 1927. Elle revient régulièrement se faire insuffler de la sorte au Dispensaire Léon Bourgeois pendant 17 mois ; mais, alors qu'elle avait toujours été réglée régulièrement jusque là, la malade ne présente plus ses règles à partir du 30 juin 1928. )
En septembre, on met en évdience un début de grossesse qui évolue normalement et est bien supportée, Le 6 décembre 1928, la malade étant au 5°
DR NER mois de sa grossesse, est hospitalisée à nouveau à l'Hôpital Laënnec, afin d’être suivie de près ; elle pèse, à ce moment, 60 kilos.
Comme, depuis le 15 novembre, le CO* alvéolaire égale 29 mm. de HG, on ne poursuit alors que le pneumothorax droit tous Les 4 jours environ, quantités d’air variant entre 175 et 225 cm3.
Au contraire, après son entrée à l'Hôpital, la respiration s'effectue dans des conditions tout à fait satisfaisantes : ainsi, à partir du 12 décembre, le CO* alvéolaire égale 35 mm. de HG. et le métabolisme basal égale 6 %, en conséquence, les insufflations du côté gauche sont reprises en les faisant alterner avec celles du côté droit en fin décembre,
ainsi, le 28 décembre à gauche: —6 go —2.
le 31 décembre à droite : —11 225 —8.
démême-le25yan. 1929, à gauche : —8 go —2.
le 28 janvier 1929, à droite : —12 200 —9.
La malade reçoit donc à nouveau deux insufflations par semaine, une de chaque côté. En février et en mars, les insufflations sont continuées à la même cadence, c’est-à-dire entre 50 et 100 cm3 pour le côlé gauche ; entre 200 et 250 cm3 pour le côté droit. Le CO* alvéolaire reste aux environs de 35 mm. HG.
Le 28 mars 1929, la malade étant près du terme est dirigée sur la Maternité Baudelocque (Service du Professeur Couvelaire), elle entre en travail dans la nuit du 6 au 7 avril 1929 ; le 7 avril, à 2 h. 45, la dilatation est complète et la malade accouche spontanément à 3 heures d’une fille vivante pesant 3 kilos 500. Délivrance naturelle et complète à 3 h. 4o, poids 420 grs. Suites de couches à peu près normales ; cependant, 38°, le {° jour et retour à la normale en Iysis le 10° jour.
L'enfant, isolé de la mère et vacciné au B.C.G. est envoyé à la campagne ; cette fillette actuellement âgée de deux ans, se porte à merveille.
Pendant tout son séjour à la Clinique Baudelocque, la malade, en parfait état, continue à être insufflée deux fois par semaine (une fois à droite, une fois à gauche).
La malade sort de la Maternité le 21 avril et retourne à Laënnec. À son retour, le CO* alvéolaire est notablement augmenté : il est en effet passé aux environs de 46 mm. HG. Il gardera par la suite une valeur sensiblement égale.
Le 3 mai, on a les chiffres suivants :
AAC = M ho: