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lectique, et les jeunes Romains furent saisis d'enthousiasme, en voyant cet usage inconnu de la parole : car les hommes encore simples n'ont aucune idée de s prodigieuse flexibilité. Mais le gouvernement s'alarma de cette commotion subite. Les vieux sénateurs s'armèrent de toute l'autorité des usages , pour repousser des spéculations qu'ils déclarèrent non moins dangereuses que frivoles. Caton l'Ancien , avec son âpre éloquence , obtint d'une assemblée convaincue, qu'on éloignerait de la jeunesse romaine de perfides rhéteur^ qui travaillaient à la destruction de toutes les traditions révérées et au bouleversement de tous les principes de morale. Les sophismes de Carnéade, qui se faisant un mérite du talent méprisable d'attaquer et de défendre indifféremment les opinions les plus opposées , parlait en public, tantôt pour, tantôt contre la justice, durent fournir à Caton des argumensplausibles. La philosophie, dès son début, se présentait sous des apparences défavorables. Caton ne savait pas qu'en les jugeant d'après un sophiste, il les jugeait mal, et qu'un siècle après lui, cette philosophie qu'il voulait proscrire, mieux approfondie et mieux connue,
serait le seul asile de son petit-fils contre les trahisons de la destinée et la clémence insolente de César.
L'on ne peut toutefois se défendre d'un vif sentiment de S3anpatliic pour des vieillards vénérables, opposant au torrent qui leur paraissait mettre en danger le salut de la patrie, * leurs cheveux blanchis et leur expérience antique; évoquant, pour repousser des doctrines qui leur semblaient menaçantes, les mânes de leurs ancêtres, et de quels ancêtres! des Fabius, des Cincinnatus et des Camille ; levant au ciel leurs bras fatigues de victoires, pour appeler à leur aide, d'uuevoix débile, mais prophétique, les souvenirs de six cents années de gloire et de liberté. Cette sympathie doit s'accroître encore , si l'on compare ce sénat auguste à cette arrogante et folle jeunesse, avide de s'emparer d'une terre qu'elle ne foule que depuis hier; se croyant appelée à tout renouveler, parce qu'elle se sent une race nouvelle; insultant, dans sa force impétueuse et qu'elle rêve éternelle , à la faiblesse honorable de ses pères, et presque impatiente de voir disparaître ces guides qui ralentissent sa marche, ces repnéscntans des temps écoulés.
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Si néanmoins nous faisons succéder à cette impression naturelle une réflexion calme et impartiale, nous serons obligés de reconnaître que, pour arrêter les progrès de- la philosophie et même des sophismes de la Grèce, le sénat prenait le mauvais moyen.
Tout ce qui est dangereux contient un principe de fausseté , déguisé peut-être avec artifice , mais qu'il est toujours possible de découvrir. Affirmer le contraire serait le plus grand blasphème contre cette providence , dont les partisans de l'erreur prétendent embrasser la cause, tandis que les seuls amis de la vérité sont dignes de la défendre.
C'est donc à démontrer la fausseté des opinions pernicieuses qu'il faut travailler, et non point à proscrire un examen qui, lorsqu'il est proscrit, ne s'en fait pas moins , mais se fait imparfaitement, avec trouble, avec passion , avec ressentiment et avec violence.
Etait-il donc si difficile de répondre au sophiste d'Athènes ? était-il si difficile de prouver que ses raisonnemens contre la justice n'étaient que de misérables arguties ? était-ce une entreprise téméraire que d'en aj)pcler , dans le cœur de la jeunesse romaine , aux sen-
timens indélébiles qui sont dans le cœur de tous les hommes; de sauver, dans ces âmes encore neuves, les élémens primitifs de notre nature , et de diriger leur indignation contre une théorie qui , consistant tout entière en équivoques et en chicanes, devait, par la plus simple analyse, devenir bientôt couverte et de ridicule et de mépris. L'on sourira de pitié peut-être à l'idée d'un gouvernement si confiant à la raison , au lieu d'employer les prohibitions et les menaces. L'on ne veut aujourd'hui de communications habituelles entre les gouvernans et les gouvernés que par des édits, des soldats. Les moyens sont commodes, et paraissent sûrs. Ils ont l'air de tout réunir, facilité, brièveté , dignité ; ils n'ont qu'un seul défaut, celui de ne jamais réussir.
Le sénat de Rome en fit l'expérience. Ce ne fut pas faute d'autorité qu'il échoua dans ses efforts contre la philosophie grecque. Caton s'applaudit sans doute du triomphe passager qu'il remporta. Les députés d'Athènes furent renvoyés précipitamment pendant près d'un siècle ; des édits sévères , fréquemment renouvelés , luttaient contre toute doctrine étrangère, lutte inutile, l'impulsion étaiç