LIV. X. CHAP. II. a
donnée : rien ne la pouvait arrêter. Les jeunes Romains conservèrent d'autant plus obstinément dans leur mémoire les discours des sophistes, qu'on leur semblait avoir injustement éloigné leurs personnes. Us regardèrent la dialectique de Carnéade moins comme une opinion qu'il fallait examiner que comme un bien qu'il fallait défendre, puisqu'on menaçait de le leur ravir. L'étude de la philosophie grecque ne fut plus une affaire d'opinion, mais, ce qui paraît bien plus précieux encore , à l'époque de la vie où l'iime est douée de toutes ses forces de résistance, un triomphe sur l'autorité» Les hommes éclairés, d'un âge plus mâle , réduits à choisir entre l'abondance de toute spéculation philosophique ou la désobéissance au gouvernement, furent forcés à ce dernier parti par le goût des lettres, passion qui, lorsqu'une fois elle a pris naissance, s'accroît chaque jour, parce que la jouissance est en elle-même. Les uns suivirent la philosophie dans son exil d'Athènes ; d'autres y envoyèrent leurs enfans.
Enfin la philosophie, lorsqu'elle revint de son bannissement , eut d'autant plus d'influence, qu'elle arrivait de plus loin , et qu'on l'avait acquise avec plus de peine. Les gêné-
raux eux-mêmes, que leur éducation belliqueuse et leur vie active auraient dû préserver naturellement de la contagion des lumières, s'y livrèrent au contraire avec empressement. Le métier des armes apprend à l'homme à mettre un grand prix à l'opinion , et cette habitude , une fois contractée , se reporte ensuite sur des objets étrangers au métier des armes. C'est pour cela que l'on voit souvent des hommes , nés ou élevés dans les camps, imiter la mode, autant que possible, et, lorsque le siècle est doux et policé, choisir ou affecter des manières douces et des occupations élégantes. Ainsi le farouche et grossier Mummius, voyant qu'il était d'usage à Rome d'airaer les statues , crut se devoir d'en envoyer de Corinthe , en exigeant du navigateur qui s'en chargeait de remplacer celles qui seraient perdues. De même , la philosophie étant à la mode , les plus illustres capitaines se firent suivre dans leurs expéditions par des philosophes , qu'ils ramenèrent à Rome après leurs victoires. Antiochus l'académicien fut le com- |)ngrion de Luculhis. Sylla lit transporter dans la capitale la bibliothèque d'AppoIlicon 'de Téos, qu'Andronicu5 de Rhodes lut chargé de