‹ Du polythéisme romain (volume 2)Chapitre 111 sur 188 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

Suite des efforts de Plotin pour faire de la métaphysique une religion.

On croirait qu'après avoir de la sorte anéanti la matière , Plotin ne saura comment continuer son roman sur l'union des diverses âmes intellectuelle, céleste et sensible avec les corps; mais le sacrifice qu'il a fait de la matière à la spiritualité est pour ainsi dire en parenthèse ; il perd de vue ce qu'il vient d'affirmer , et il poursuit sa carrière.

Les âmes particulières sont contenues dans Tâme de l'univers ; mais elles conçoivent le désir de devenir des êtres indépendans , et de se séparer d'elle. Ce désir les en sépare en effet, et cette séparation les corrompt. Elles cherchent un objet extérieur ; cet objet est la

matière , et de la sorte elles se précipitent dans les corps (i).

Rien n'est plus contradictoire que cette série de suppositions qui , du reste , étaient tirées des mystères, et qui, de plus, rappellent étonnamment la métaphysique indienne et toutes les assertions précédentes de Plotin ; mais il fallait bien que, pour avancer, ce philosophe abandonnât ses premières bases.

Remarquons ici que cette hypothèse de la chute des âmes avait déjà paru dans la philosophie de Platon ; mais ce siècle du disciple de Socrate n'avait pas les mêmes besoins religieux. Un culte positif existait encore menaçant et persécuteur. Rien de ce qui rapprochait la philosophie de la religion ne pouvait donc être adopté : au contraire , à l'époque des nouveaux platoniciens , le monde avait soif d'une religion nouvelle ; et les hypothèses, dont les successeurs de Platon avaient à peine daigné s'occuper, furent accueillies avec enthousiame.

(i) Eonead. IV. g. 4-

Page 1