LIV. XVI. CHAP. ï
impliquent l'unité d'un Dieu, plutôt en imitateur que par conviction. Il y voit une destruction du Polythéisme , plus qu'une institution qui devrait le remplacer. Les habitudes de l'incrédulité rendent la renaissance de toute forme religieuse presque impossible ; la magie rend cette renaissance à peu près superflue, parce qu'elle offre à l'imagination des appâts plus puissans, et à l'espérance des promesses d'une exécution plus rapprochée.
Pour réunir l'espèce humaine autour du théisme , il ne faudrait qu'un étendard , mais aucun bras n'est assez fort pour relever celui qui est tombé , et l'étendard demeure à terre.
La révolution, qui paraissait donc tellement imminente, est encore incertaine et difficile ; les individus arriveront à une croyance souvent mélangée de superstitions minutieuses, plus souvent encore ébranlée par le doute. Les nations seront conduites par une marche nécessaire à une situation peu différente de celle où se trouvaient, de nos jours, suivant leurs circonstances diverses , les innombrables habitans de l'Inde , et ce vieux empire de la Chine, triste monument du mécanisme, dans
lequel vient, comme se pétrifier, une trop longue civilisation.
Chez les Indiens, à côté du théisme et du panthéisme des brames , et en dépit des efforts constans des réformateurs , subsistent toutes les pratiques du Polythéisme le plus grossier. A la Chine, la religion n'est plus qu'un usage que l'autorité maintient comme le reste des cérémonies ; tout sentiment est détruit, toute conviction éteinte. Le culte des ancêtres n'a rien de commun avec l'immortalité de l'âme, les hommages rendus au ciel s'adressent à l'empereur, l'homme a perdu la fa- . culte de croire et même de désirer.