LIV. XVI. CHAP. II
aux espérances une forme positive. Une telle circonstance en effet se présente dans l'histoire à cette époque. Nous allons en traiter , sans rien prononcer sur sa nature ni sur sa source. Ces questions ne rentrent point dans notre sujet.
Disons seulement que nous ne saurions nous plaire à combattre l'opinion qui veut assigner à cette révolution importante des causes surnaturelles.
Nous avons suivi l'homme bien impartialement, depuis l'enfance jusqu'à la décrépitude de la race humaine. Nous l'avons vu tel qu'il est , quand toute croyance religieuse est bannie de son âme. Nous avons vu le sentiment religieux , qui survit à la croyance , s'agiter impuissant et vague ; l'incrédulité le précipiter tantôt dans la magie et tantôt dans l'extase et le délire; l'enthousiasme enfanter des extravagances d'autant plus incurables qu'elles partaient du raisonnement, pour arriver méthodiquement à la folie. Nous avons vu la raison , dans toute sa pompe et dans toute sa faiblesse, n'offrir pour résultat de huit siècles de travaux , d'abord que le néant , puis une ordonnance fantastique et arbitraire , l'in-
telligence parvenant à tout détruire, et hors d'état de rien rétablir.
Qui oserait dire qu'à cette époque la pitié céleste ne soit pas venue au secours du monde ; qu'un éclair n'ait pas sillonné la nue , pour montrer la route à notre race égarée ; qu'une main divine ne l'ait pas aidée à franchir la barrière contre laquelle elle se brisait.
Tout serait ensuite rentré dans l'ordre; l'homme, abandonné de nouveau à lui-même, aurait recommencé son travail; son esprit se serait débattu, suivant sa nature, autour de la grande découverte ; il lui aurait donné des formes imparfaites ; il aurait voilé sa sublimité. Le calcul, l'égoïsme, le monopole se la seraient disputée pour en abuser; mais l'homme en aurait conservé pourtant le souvenir ineffaçable , et , par degrés , des formes plus pures, des conceptions plus justes lui auraient permis de jouir sans mélange de l'inestimable bienfait.