CHAPITRE III
De la relision des Hébreux.
A l'époque qui fait le sujet de mes recherches, la religion des Hébreux était la seule dont les sectateurs eussent conservé non seulement un attachement mécanique aux formes religieuses, mais une conviction profonde de la vérité de leur doctrine.
En même temps, le dogme fondamental de cette religion était conforme au besoin universel de l'espèce humaine.
Ce fut donc à ce flambeau que se ralluma le sentiment religieux.
Mais fi le dogme fondamental de la religion juive répondait à la demande de toutes les âmes, il y avait dans cette religion des parties terribles.
Certes, nous ne nous rangeons point parmi les détracteurs de la loi mosaïque. Nous ne méconnaissons nullement la supériorité de sa doctrine , tant dans son ensemble que dans plusieurs de ses détails , sur toutes les religions contemporaines.
Mais la sublimité même de cette doctrine
avait contribué à l'empreindre d'une sévérité excessive , par sa disproportion avec les idées tant du peuple qui la professait que des voisins de ce peuple , voisins qui , par-là même, étaient devenus nécessairement ses ennemis.
Ajoutez l'esprit du sacerdoce juif, pareil, à beaucoup d'égards , à celui de toutes les corporations sacerdotales , et que les obstacles mêmes qu'il avait dû vaincre avaient rendu plus farouche encore et plus ombrageux.
L'on n'a pas , ce nous semble , distingué suffisamment entre la doctrine de Moïse et l'esprit du sacerdoce , organe et défenseur de cette doctrine. C'est néanmoins dans cette distinction que réside la solution de toutes les difficultés qui ont paru donner tant d'avantages aux ennemis des idées religieuses et du christianisme.
Au reste , notre objet n'est point de juger ici la religion judaïque. Il nous suffit qu'au moment où tous les polylhéismes étaient confondus , toutes les croyances ébranlées , cette religion seule , encore vivante et enracinée dans l'âme d'un peuple , ait offert nu reste du genre humain le théisme comme point de ralliement.