LIV. XVII. CHAP. VII
et aux rites extérieurs, consentent à toutes les transformations , recueillent toutes les allép;ories, adoptent tous les raffinemens et toutes les abstractions, ne réfléchissant point que , par cette conduite , ils donnent au théisme un grand avantage, puisqu'ils laissent répandre, sur la religion qui lui est opposée , un vague , une incertitude qui en détachent toujours plus la masse du peuple. Toutes les abstractions, tous les raffinemens ont pour le Polythéisme cet inconvénient . qu'ils sont contraires à sa nature, tandis qu'ils sont dans la nature du théisme. Celui-ci combat avec ses propres forces, l'autre avec des forces étrangères qui doivent se retourner contre lui.!
Ce n'est pas tout : par une révolution singulière, à cette époque, c'est le Polythéisme qui est abstrait , et c'est le théisaie qui parie aux yeux , à l'imagination, à toute la partie passionnée de l'homme.
Examinez les objections des apologistes du Polythéisme contre la religion chrétienne. Elles sont en grande partie dirigées contre ce qui paraît trop matériel et trop peu abstrait. Pourquoi Dieu a-t-il pris un corps ? Dieu peut-il avoir une forme ? Pourquoi la résur-
rection des corps? Pourquoi pas l'immortalité de l'âme comme esprit pur? Les chrétiens répondent : Parce que Dieu ne peut se montrer à l'homme que sous un corps , parce que f l'àme ne peut souffrir que par son union avec le corps. On voit clairement la lutte de l'esprit philosophique, qui a ôté toute forme à la reli- ^ gion , contre le sentiment rehgieux, qui veut I lui en rendre une. Mais on sent, par cela seul, combien cet esprit philosophique est peu propre à défendre une croyance quelconque. Les objections des apologistes du Polythéisme frappaientle Polythéisme, qu'ils voulaient défendre, plus directement encore que le christianisme , qu'ils attaquaient.
Le langage de tous les hommes qui se proposent de maintenir une religion, dont la vérité ne leur est pas démontrée, est un mélange d'hésitation , de condescendance, d'aveux à demi retraités , d'insinuations et d'équivoques , qui aboutissent toujours à laisser apercevoir que ces formes ou cette religion qu'ils recommandent ne sont que des appuis pour les faibles , et que les forts peuvent s'en passer. Or , ces apologistes se mettent au nombre des forts, et l'on est niauvais missionnaire quand on