LIV. XVII. CHAP. VIII
— Pour juger du caractère de Julien , il faut connaître resjDrit du Polythéisme à l'époque où ce prince vivait. Sa théologie fut un résultat de ses efforts pour mettre la révélation intérieure de Dieu dans l'homme en relation avec les anciennes traditions et fables religieuses et le culte national , pour rendre à celui-ci la vie qu'il n'avait plus; pour donner à l'autre un sentiment religieux, individuel, quelque chose de fixe et d'indépendant de la fluctuation des conjectures humaines, et qui, s'appuyant sur un assentiment et une antiquité respectables , pût servir de point de réunion et de centre à toutes les nations.
— Nous avons montré dans Plotin le travail de la philosophie pour faire de ses notions abstraites une religion; mais, dans Plotin et dans ses disciples, cette religion est une pure théorie. Nous trouvons dans Julien la tentative de faire de cette théorie une pratique; il est donc intéressant de le suivre dans ses efforts.
— Julien était profondément convaincu qu'une loi éternelle avait imprimé dans l'âme de l'homme le sentiment de l'existence de quelque chose de divin. De cette source découlaient toutes les philosophies , conformes à lu
nature de l'homme : et elles étaient toutes d'accord sur ce point (1). En remontant à cette révélation intérieure, Julien reconnaissait l'unité de l'Etre Suprême (2). Il y a, disait-il, un maître de toutes choses ;, de la nature duquel tout est émané ; qu'on le nomme l'être incompréhensible au-dessus de toute raison , le prototype de tout ce qui existe, l'unité parfaite, le bien par excellence, c'est de lui que vient toute beauté, toute perfection , toute unité, toute force.
— Le théisme était donc la base de la doctrine de Julien, comme il devait être la base de toutes les doctrines de cette époque. Ce qui restait du Polythéisme ne consistait pas à méconnaître l'unité de la nature divine , mais à supposer que la relation du Dieu suprême avec l'homme n'était pas immédiate , et à remplir la distance, qui sépare l'un de l'autre , d'une foule d'êtres secondaires, en divisant et en personnifiant ainsi ce que le théisme rassemble dans l'idée d'un Dieu unique.
Julien admettait donc, comme le premier
(1) Neand. p. io5.
(2) Jiiliani , Orat. IV.