LIV. XVIII. ClIAP. II
des êtres intermédiaires n'est jamais un véritable Polythéisme. On se tromperait , en croyant que l'idée d'un Dieu unique et suprême existait également dans le Polythéisme, puisqu'il y avait un maître des dieux. Même dans les religions sacerdotales , où l'autorité de ce maître des dieux est beaucoup plus étendue que dans le Polythéisme indépendant, la différence entre lui et les autres divinités est d'une tout autre nature que l'intervalle immense qui sépare le Dieu suprême du théisme de ses créatures, quelque rang qu'elles occupent.
Si, dans le Polythéisme, on trouve quelquefois des expressions qui semblent mettre le maître des dieux hors de toute proportion avec les divinités inférieures, ce n'est pas une doctrine du Polythéisme; mais tantôt un effet du langage des prêtres, qui travaillent toujours à donner de chaque divinité les idées les plus vastes et à réunir dans chacune le plus d'attributs qu'il leur est possible; tantôt un effet de la tendance de quelques têtes philosophiques vers le théisme
Les retours apparens vers le Polythéisme , que l'on remarque après l'établissement du
théisme , sont de même un effet de quelque disproportion partielle qui existe encore entre les lumières des peuples et la pureté du théisme. Les prêtres du théisme cherchent à eq profiter comme ceux du Polythéisme cherchaient à profiter de la tendance de l'esprit humain vers le théisme.
C'est ainsi qu'on pourrait regarder comme une espèce de retour au Polythéisme la démcKnologie adoptée par plusieurs pères de l'église, et manifestement empruntée des païens jusque dans ses expressions (i).
Il est à remarquer que plus les hommes s'éloignent de l'époque où ils. ont passé du Polythéisme au théisme , plus les prêtres favori-
(i) Ainsi, dans un passage de Denis TAréopagite [Decœkst. Hierarch. I. 4) > les anges sont décrits précisément comme Platon peint les démons dans le banquet, et dans un endroit de saint Basile ( J^mnomium, TII. p. 272), il est dit que chaque fidèle a un ange gardien , comme instituteur (Trai^a'/oyo; ) et comme pasteur (vouôj;), paroles qui rappellent celles de Platon sur les pasteurs ou anges gardiens parmi les démons , et celles de Sénèque (JEp. 101), où il est dit que chaque homme a un Dieu pour instituteur. (Ckeuzer, Symbolik, II. 87-88).