‹ Du polythéisme romain (volume 2)Chapitre 166 sur 188 · LIV. XVni. CHAP. u. 5oi · texte numérisé non relu

LIV. XVni. CHAP. u. 5oi

sent hardiment les retours passagers de l'esprit humain vers quelques usages ou quelques notions du Polythéisme , parce qu'ils ne redoutent plus un rival tout-à-fait anéanti. G est pour cela que l'on voit les chrétiens qui, dans les premiers siècles , repoussaient tout ce qui pouvait rappeler le paganisme, devenir moins ombrageux, à mesure que l'empire du christianisme se consolide, et recevoir , tolérer ou consacrer même des pratiques que naguère ils déclaraient idolâtres, sacrilèges et impies. Une observation du même genre se reproduit relativement aux prêtres du Polythéisme, à l'époque où la tendance vers le théisme était encore tout-à-fait inaperçue , ou du moins où nul ne prévoyait le résultat de cette tendance. Ils la favorisaient dans leurs mystères, beaucoup plus hardiment qu'ils ne le firent depuis, parce qu'ils ne se déliaient point d'un rival, dont rien ne leur annonçait la force à venir. Nous avons montré qu'il était impossible de se faire, sur les opinions qui s'introduisirent successivement dans les mystères, une chronologie régulière et démontrée. Mais nous serions tentés de croire que la doctrine du panthéisme fut de plus en plus admise et

enseignée, à mesure que les prcfres furent plus frappés du danger dont la religion populaire était menacée parles diverses espèces de théisme entre lesquelles les philosophes se partageaient. Sans doute le panthéisme n'est dans le fond pas plus favorahle au Polj^théisme. Mais il a cet avantage aux yeux du sacerdoce , qu'il ne peut pas devenir une religion ; il n'est fait que pour les esprits philosophiques. Par-là même il tolère plus facilement que le théisme les formes polytliéistiques, et il y a quelque chose de séduisant , pour l'imagination et la vanité, à permettre au peuple de diviniser et d'adorer les diverses parties du grand tout, que le sage reconnaît comme seule divinité ou plutôt seule substance. Le théisme, au contraire, est pour le Polythéisme un ennemi irréconciliable. Il faut d'ailleurs considérer que les prêtres de cette dernière croyance ne choisissent le panthéisme que comme pis-aller, comme le moindre de deux dangers imminens. Celte observation est la clef de beaucoup de choses que les prêtres des deux religions ont successivement enseignées.

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