LIV. XVIIl. CIIAP. III. 3o
trinsèquementque le Polythéisme, en ce qu'il dégage davantage le caractère de son dieu de Végoïsme inséparable du caractère des dieux du Polythéisme.
Les prêtres font sans doute ce qu'ils peuvent pour enlcTcr au théisme cette supériorité. Forcés de retrancher , des attributs de l'être qu'ils présentent à l'adoration des hommes , plusieurs des passions que le Polythéisme prête à ses dieux , ils inventent des passions nouvelles , qui n'en sont que plus redoutables et plus malfaisantes. Nous avons vu plus d'une fois la gloire et la volonté de Dieu peser sur les hommes avec autant et plus de vigueur que les haines, les menaces et l'avidité des habitans de l'antique Olympe.
En effet , lorsque les prêtres parviennent à se rendre maîtres du théisme et à le façonner à leur gré, il est plus favorable à leur puissance que le Polythéisme. Celui-ci laisse toujours quelque chose au-dessus de l'autorité sacerdotale , parce qu'il suppose toujours quelque chose au-dessus de chaque dieu:
ce sont tantôt la destinée , tantôt la morale , tantôt l'opinion des autres dieux réunis. Un théisme qui correspondrait au Polythéisme Tome II. 20
5o6 DU POLYTHÉlS]ME.
sacerdotal envelopperait, au contraire, encore plus étroitement toutes les parties de l'existence humaine. Un pouvoir sans bornes, une volonté unique , la règle du bien et du mal placée dans cette volonté seule , et la connaissance de cette volonté réservée exclusivement à une corporation privilégiée , sont les élémens d'un despotisme bien plus fortement constitué que celui qui ne repose que sur des volontés discordantes et sur une puissance partagée entre plusieurs.
Mais ce dieu du théisme finit par échapper à ses prêtres , et , lors même que l'homme continue à le considérer comme un être pareil à lui , c'est-à-dire lors même que le théisme est encore déchu de sa pureté naturelle , il commence néanmoins à environner ce dieu d'affections plus douces et plus désintéressées.
Le théisme, dans la plupart de ses formes imparfaites , a l'inconvénient de jeter la morale dans la dépendance de la religion et de la placer par-là dans celle du sacerdoce.. Nous avons plus d'une fois fait ressortir avec assez de force cet immense danger. Mais , d'un autre côté, le théisme a l'avantage de répandre sur la morale beaucoup plus de charme et de