LIV. XVIII. CHAP. IV. 3l
sacerdoce devient momentanément plus puissant qu'il ne le fut jamais, menu, dans le Polythéisme sacerdotal. Alors les prêtres introduisent dans le théisme une foule d'opinions et d'usages que nous avons remarqués dans cette dernière espèce de Polythéisme.
Mais, dans la troisième époque, quand, par cet ascendant du sacerdoce, le théisme est devenu un anthropomorphisme qui ne s'écarte du Polythéisme qu'en ce qu'il rassemble sur un seul être toutes les qualités distribuées auparavant entre plusieurs divinités, la philosophie pénètre dans le théisme défiguré, et y fait un travail à peu près analogue à celui de la philosophie grecque sur le Polythéisme. Le résultat de ce travail est aussi à peu près le même.
Il arrive aux philosophes , sous le théisme dogmatique, ce qui était arrivé aux philosophes sous le Polythéisme : ils cherchent d'abord à concilier leurs opinions avec la religi-on populaire, mais ils sont bientôt entraînés, comme les philosophes grecs, au-delà de cette ligne et la persécution y contribue.
La marche des idées influe aussi sur les défenseurs du théisme dogmatique, comme nous
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l'avons vue influer sur les défenseurs du Polythéisme. Assurément Bossuet, qui combattait avec tant de véhémence pour le sens littéral des livres juifs, avait, sur la nature de Dieu et ses relations avec l'homme, des notions très différentes de celles que les livres juifs, pris littéralement, en suggèrent.
Ainsi, le moment de l'incrédulité arrivé, les efforts des prêtres, pour défendre la forme anthropomorphique du théisme, sont aussi inutiles que ceux des prêtres du Polythéisme, à l'époque correspondante de cette croyance. La religion paraît de nouveau être détruite, mais , pendant la lutte même, le sentiment religieux essaie diverses formes.
On voit paraître un théisme mystique, qui ne prend pas une forme extérieure marquée, qui reste même soumis en apparence au théisme dogmatique, mais qui néanmoins le met souvent en lutte avec lui, en réclamant, non pas l'indépendance de la pensée , mais une sorte d'indépendance de sentiment.
Enfin la grande révolution doit s'opérer ; mais, bien que cette révolution soit le pendant de celle qui consomriia la chute du Polythéisme, ce n'est pas à la chute du théisme