LIV. IX
de leurs rapports supposés avec les hommes, elle n'est pas moins irrésistiblement attirée , malgré qu'elle en ait, loin du Polythéisme populaire; l'idée de lois et de règles fixes, qui est inséparable de tout système philosophique, sur la formation et le gouvernement de cette union, semble militer contre le dogme de la providence particulière des dieux, providence qui viole ces règles et s'écarte de ces lois. La notion d'une nécessité immuable, d'un enchaînement perpétuel et forcé des causes et de effets, notion qui s'appuie de tous les raisonnemens d'une logique plus rigoureuse peut-être qu'elle n'est solide, mais qui néanmoins est restée sans réponse durant bien des siècles , vient troubler l'espérance qui sert de base à toutes les pratiques des cultes, et briser les liens qui unissent la
terre au ciel.
L'immortalité de l'âme , lors même qu'elle est admise par les philosophes, conformément à la doctrine du Polythéisme, ne reste pas long-temps telle que cette croyance la consacre. Aucun d'entre eux ne veut d'un autre monde , imitation puérile de celui-ci. Les uns, par une épuration progressive , dé-
pouillant la vie future de tous les traits dont la religion vulgaire l'avait revêtue ; les autres, plus abstraits encore , enlèvent à Tâme ellemême toute conscience d'une existence antérieure, et rendent par-là son immortalité indifférente pour le sentiment, et sans effet pour les actions et pour la conduite de la vie. Mais si la philosophie est ainsi destructive par la marche nécessaire et comme à son insu, de ce qu'on peut nommer la partie métaphysique du Polythéisme, elle est encore dans une opposition bien plus directe avec la partie morale de cette croyance. Forcée à délivrer les dieux des passions qui les dégradent, elle ne peut se dispenser de déclarer presque toujes les fictions des mythologies impies et corrup^ triées. Toutes les légendes se voient frappées de réprobation. Les hymnes sont des libelles, les cantiques sacrés des calomnies. Les évé^ nemens qui ont donné lieu à des fêtes ou à des cérémtmies commémoratives , ne méritent qu'un profond dédain. Tout ce que le Polythéisme raconte . la philosophie le révoque en doute ; tout ce que le Polythéisme célèbre, la philosophie en rougit.
Ce n'est pas tout. Cette religion , qui, de-