‹ Du polythéisme romain (volume 2)Chapitre 21 sur 188 · LIV. X. CHAP. V · texte numérisé non relu

LIV. X. CHAP. V

duelle. Il cherche la retraite ; il fuit le crédit , ii échappe à Mécène au risque de lui déplaire. Il fait mieux encore. Tout ce qu'il est possible, sous un usurpateur hypocrite et soupçonneux, de dire d'honorable pour les derniers soutiens de la liberté, il le place dans ses odes. Deux fois ii chante la gloire et la mort de Caton , et ces deux passages sont au nombre de ses morceaux les plus subHmes ; s'il loue Auguste, ce n'est jamais comme ayant détruit la liberté romaine, c'est comme ayant dompté les peuples ennemis du nom romain. Il a célébré sa victoire contre Antoine , son compétiteur de tyrannie. Il se taît sur celle qu'il a remportée sur Brutus. Toutes les fois que son sujet le ramène aux souvenirs qu'il repousse, ses élans subits et involontaires le portent à prononcer anathème contre la tyrannie même devant laquelle il baisse le front. Tantôt il représente l'homme juste, inébranlable devant le maître qui le menace; tantôt, dans une ode à la Fortune, composée manifestement dans le dessein de flatter Auguste , il peint tout à coup les tyrans vêtus de pourpre, craignant que la destinée ne renverse leur colonne d'un pied injurieux, et que le peuple

assemblé ne crie de toutes parts aux armes et ne brise leur empire (i). On voit que les souvenirs de la liberté ne furent ni étrangers à son âme, ni inutiles à son talent. On sent que son génie ne se fût jamais élevé si haut , si , dès sa jeunesse, il eût vécu dans un tranquille esclavage , et que c'est au compagnon de Brutus que le courtisan de Mécène doit une partie de la pompe de ses expressions et toute la hauteur de ses pensées.

Ce que fit Horace, d'autres le firent avec plus de facilité, parce qu'ils avaient moins de talent et plus de bassesse. La philosophie d'Epicure devint la doctrine dominante. Les Romains apprirent qu'il ne suffit pas, sous l'arbitraire, d'être soumis pour vivre paisibles, ni d'être vils pour être épargnés. L'oppression, quand elle s'enveloppe de formes douces et hypocrites, énerve et avilit l'espèce humaine ; mais quand elle est suffisamment féroce, elle en redevient la rigoureuse et utile institutrice.

(i) PurpuiL'i nictiuinl tyranni , Injurioso ne pede proruas Stanlem columiinm, iieu populus frequens Ad arma cessantes, ad arma ' Concilct , impcriumquefraunat. I. 35.

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