‹ Du polythéisme romain (volume 2)Chapitre 34 sur 188 · LIV. XI. CHAP. III · texte numérisé non relu

LIV. XI. CHAP. III

hypothèses irréligieuses sont présentées aux initiés avec toute la pompe des solennités sacrées. Le phénomène d'une classe qui, vouée au maintien et à la célébration du culte, appelle autour d'elle, au milieu des fêtes, dans le sanctuaire même des dieux, sous le prétexte de la religion, des hommes en grand nombre, pour leur révéler que cette religion , prise à la lettre, n'est qu'un tissu de fables puériles, ce phénomène paraîtra moins surprenant, si l'on réfléchit que cette révélation n'était ni le but primitif, ni le but unique , ni même à aucune époque le but général des mystères.

Deux motifs engageaient les prêtres a recevoir, dans leur doctrine cachée, des opinions qui chaque jour acquéraient plus de crédit, d'un côté l'intérêt de leur ordre, de l'autre, l'amour-propre individuel. En laissant entrer la philosophie dans les mystères, ils la rendaient plus indulgente , pour les pratiques extérieures , qu'il leur importait de conserver. Ils pouvaient se flatter de s'en faire une alliée, carrien ne réunit plus les hommes que la communauté d'une prérogative qui les sépare du reste de leur espèce. Ce n'était donc pas

un mauvais calcul pour le sacerdoce que de s'associer une classe redoutable , en reconnaissant que, dans la réalité, rien n'était moins éloigné de la philosophie que la religion bien expliquée. Il ajoutait ensuite que ces explications devaient être soigneusement dérobées au peuple : et le cœur humain recèle je ne sais quel orgueil insolent et absurde, qui persuade à chaque individu qu'il possède seul une raison suffisamment forte , pour ne pas abuser de ce qu'il sait. Chacun pense que les autres seraient éblouis par la lumière qui ne fait que l'éclairer. Chacun voudrait faire de l'égalité comme de la liberté un privilège , ne réfléchissant pas qu'il y a contradiction entre ces idées. Ainsi les prêtres qui , par état, poursuivent l'irréhgion, cherchent, par politique, à l'immoler sous leurs étendards, en ne lui demandant pour prix du traité que le silence. L'athéisme lui-même peut devenir ainsi partie de la révélation mystérieuse, comme une communication dernière, comme une marque de confiance intime , comme le résultat d'une étude profonde, enfin comme un secret qui ne se transmet qu'à un si petit n(>mbre d'êtres, avec tant de cérémonies, après de telles pré-

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parations, qu'il s'entoure d'une obscurité presque sacrée.

En même temps Tamour-propre individuel favorisait la transaction entre l'incrédulité et les mystères. Les prêtres sont soumis, comme tous les hommes , à l'impulsion irrésistible imprimée par la nature à l'intelligence humaine. Lorsque le doute s'est glissé dans tous les esprits, il se fait jour aussi dans l'ordre sacerdotal, et à l'époque de la décadence du Polythéisme, beaucoup de prêtres sontphilosophes. Or,dans tous, les opinions ou la vanité sont plus fortes que les intérêts. N 'avons-nous pas vu, vers la fin du dernier siècle, l'incrédulité professée par les ministres mêmes des autels? N'avonsnous pas vu , plus tard encore , des hommes qui travaillaient à relever une religion qui semblait déchue , craignant de paraître convaincus, de peur d'être pris pour des dupes , mettant le public dans la confidence de leur arrière-pensée , consacrant leur première phrase à recommander la foi, mais destinant la seconde à reconquérir, pour eux, les honneurs du doute ^

Les prêtres du Polythéisme obéissent de même , à ce penchant naturel , et l'insti-

tution des mystères rend leur double rôle moins embarrassant , en les dispensant d'en remplir les deux parties contrastantes , sur le même théâtre, devant les même spectateurs.

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