‹ Du polythéisme romain (volume 2)Chapitre 41 sur 188 · LIV. XII. CHAP · texte numérisé non relu

LIV. XII. CHAP

ces pratiques, dit-il, que nos ancêtres ont rendu la république glorieuse. On voit qu'il aimerait à rendre hommage aux institutions de Numa. Mais, après les avoir décrites avec éloge , il les fait redescendre malgré lui jusqu'au rang subalterne d'un calcul. Il appelle la religion un moyen efficace de subjuguer une multitude ignorante et féroce (1). La crainte des dieux, dit-il, ne peut s'emparer des âmes , sans quelque supposition de miracle (2). Numa feignit donc des entrevues secrètes avec Egérie ; et , comme il est beau de pouvoir à volonté suspendre les assemblées populaires , et frapper le peuple d'immobilité , il inventa les jours fastes et néfastes (3). Ainsi chaque pratique, chaque rite, chaque tradition , chaque article de foi est analysé , expliqué , dépouillé de tout prestige. On croit défendre la religion , en indiquant son but , et l'on ne sait pas qu'en lui donnant un but hors d'elle-même , on porte la hache à la ra-

(i) Rem ad multiludiiiem imperilam et illis seculis I udem etlicacissimam. ,

(2) Sine aliqiio comrneiito miraculi.

(3) Liv. I. 19.

cine de l'arbre dont on veut sauver les rameaux.

Diodore et Pausanias , moins judicieux que Tite-Live , ne s'aperçoivent pas comme lui qu'ils sont dans une position fausse , et ils accumulent les contradictions sans les remarquer. Le premier raconte avec une édifiante crédulité les effets immédiats de la vengeance divine , la mort de cinq cents Phocéens brûlés dans un temple d'Apollon et la punition sévère de tous les profanateurs de ce temple (i)- Mais ailleurs il adopte le système d'Euhémère, voit dans tous les dieux des hommes déifiés (2) , et, à l'occasion du jugement des morts en Egypte, insinue assez clairement qu'il ne reste rien de l'homme dans cette vie (3). Dans le discrédit des opinions religieuses, la médiocrité, qui est toujours inattentive , témoigne son attachement direct à la religion quand elle en traite d'office, parce qu'alors elle est avertie; mais, lorsqu'elle traite d'autres sujefs et n'est plus sur ses gardes, elle tombe par inadvertance

(1) Uio>l. X\l. 20

(2) Liv. IIJ. ig-'ài.

(3) Liv.l. '.i.

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