‹ Du polythéisme romain (volume 2)Chapitre 44 sur 188 · LIV. XTl. CHAP. î. yf · texte numérisé non relu

LIV. XTl. CHAP. î. yf

SOUS l'influence duquel il écrit est un siècle incrédule.

Les auteurs que nous avons passés rapideîuent en revue se fatiguaient d'efforts impuissans, pour rester dévots. L'irréligion les pressait de toutes parts , modifiait , à leur insu, toutes leurs opinions, et changeait, malgré qu'ils en eussent, jusqu'à leur langage. Lucien , plus adroit ou plus sincère , se constituant l'organe de ses contemporains, se prépara des succès brillans et faciles. L'époque à laquelle un écrivain paraît , décide quelquelois pour jamais de sa réputation. Lucien n'a point la gaîté d'Aristophane , la grâce ou la profondeur d'Horace, l'indignation de Juvénal, il est superficiel dans ses raisonnemens, il est lourd et diffus dans ses plaisanteries , il est de mauvais goût dans ses tableaux licencieux. Quel fut donc son mérite? de dire, sansménagemens et sans retenue, ce que tout le monde pensait : chacun se reconnaissait en lui, s'admirait dans son interprète.

On a beaucoup vanté son courage , mais il l'exerçait contre une ombre. Ne voulant avoir à combattre que ce qui ne pouvait opposer de résistance, il dirigeait toujours ses attaques

8o DU POLYTHÉISME.

contre le Polythéisme homérique, qui, depuis long-temps , avait cessé d'être la croyance des Grecs et qui n'avait jamais été celle des Romains. En prenant ce poste , il ajoutait à la disproportion entre les dogmes et les lumières, et par-là même au ridicule qui résultait de cette disproportion. L'anthropomorphisme est un moyen sûr de décréditev la religion , quand le temps de l'anthropomorphisme est passé. Les infirmités de Vulcain , la captivité de Saturne , les ruses de Mercure , les blessures de Mars, présentées dans l'Iliade, ne faisaient rire personne. Lucien les transmet motà mot (i): elles font rire tout le monde. Son dialogue de Prométhée a pour scène les mêmes lieux, et pour interlocuteur les mêmes personnages que la tragédie d'Eschyle : mais , par cela seul que, du temps du tragique, la rehgion était dans sa force, tout parait grave, austère et terrible. Dans Lucien ;, tout devient burlesque , par cela seul que la croyance n'existe plus. Le siècle et non pas l'écrivain est l'auteur de la parodie. Hérodote, lorsqu'il nous raconte l'époque à laquelle Crésus voulut sou-

(i) Jupiler convaincu.

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