LIV. XII. CHAP. I
timer. Le rire du moment est tout ce que les lecteurs recherchent , et tout ce que les auteurs ambitionnent. La moquerie est la seule forme qui produise encore quelque effet. On rit de sa propre sottise , de son propre esclavage, de sa propre corruption, sans être moins esclave , moins sot ou moins corrompu , et cette plaisanterie sans discernement comme sans borne, espèce de vertige qui s'empare d'une race abâtardie , est elle-même le symptôme ridicule d'une incurable dégénération.
Ce n'est pas la religion seule que Lucien outrage. Il veut avilir tout ce qui a quelque valeur , réduire en poudre tout ce qui conserve quelque consistance. La philosophie est donc également attaquée. La même plume qui insulte aux dogmes flétrit les opinions. La même ironie qui détrône Jupiter calomnie Socrate.
Ces inconséquences ne sont plus remarquées, ces contradictions ne choquent personne. Les âmes n'ont plus la force de rien retenir ni par conséquent de rien comparer. Les impressions les traversent , fugitives et insaisissables. JN'ul ne s'aperçoit que celle d'hier contraste avec celle d'aujourd'hui. Lors de la formation des religions, il y a aussi des
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ooiitradiotions nombreuses; mais elles luttent, elles combattent : c'est qu'alors elles sont un résultat de la vie. Maintenant elles existent paisiblement à côté l'une de l'autre , et cette paix qu'elles observent est un signe de mort.
Celte dissolution intellectuelle et morale ne se borne |>as aux rangs élevés. La classe laborieuse se ressent aussi de la révolution ([ui s'opère. Le peuple, bien que la réflexion ne i'éclaire pas sur les causes, n'est point, insensible aux effets. Il ne prend point part aux divers systèmes de philosopliie. Il n'est pas admis dans les mystères : il ne lit pas les ouvrages iijcrédules. Mais il est averti ()ar un instinct infaillible de ce qui se passe sur sa icte. La cause de cet instinct est la même que celle de la pénétratioii des enfans et de toutes les classes dépendantes. Leur intérêt leur dévoile lu pensée secrète de ceux qui disposent de leur destinée. Le peuple sait donc vaguement que presque personne de ceux qu'il regarde comme capables de juger ne croit à la religion piiblique : et dès ([uc le pauvre découvre que les ricbes sont irréligieux , il les imite. Il né discute pas comme eux, d'une mainere plus ou moins bridante et toujours