CHAPITRE IL
Du despotisme y comme circonstance nécessairement contemporaine de l'incrédulité.
Avant d'aller plus loin , il est nécessaire de développer ici l'effet d'une circonstance qui , d'ordinaire , est contemporaine de Tépoque à laquelle les croyances publiques s'écroulent, et qui complète le discrédit de toute idée religieuse ; cette circonstance c'est le despotisme. Il est certain que l'époque où l'incrédulrté se glisse dans les esprits étant celle où le besoin de tout examiner se fait sentir, l'examen se porte sur les institutions politiques ainsi que sur les institutions religieuses. L'homme réclame sa juridiction sur les unes comme sur les autres ; et il en résulte , pour
(») V. la Description des prêlios de C^bèlr dans tAno lie Lucien.
1>IV. Xll. CHAP. 11. 89
tous les abus comme pour tous les dogmes , beaucoup de chances de réforme et même de renversement. Sous ce rapport , l'incrédulité peut servir un instant la cause de la liberté et de la raison. Nous conviendrons même que , lorsqu'elle trouve le despotisme établi contre elle, elle est plus propre à le détruire qu'aucune des armes que peut soulever la main de l'homme. En s'exerçant à juger les dieux , il s'affranchit d'un respect aveugle pour ceux qui occupent le rang des dieux sur la terre. Si nous pouvions limiter l'effet des dispositions de l'âme ; si nous pouvions surtout nous résoudre à payer un bien passager du sacrifice de ce qu'il y a de meilleur en nous , nous dirions que l'incrédulité est utile quand il est bon de renverser.
Mais, envisagée sous un point de vue plus universel et plus véritablement philosophique, l'incrédulité n'a aucun avantage , ni pour la liberté politique , ni pour les droits de l'espèce humaine; au contraire, elle peut frapper de mort des institutions abusives, mais plus infailliblement encore elle doit mettre obstacle à la renaissance de toutes celles qui préserveraient des abus.
go DU POLYTHEISME.
D'un autre côté, nous ne trouvons dans la religion ni un élément ni un principe qui soit favorable à l'esclavage. La notion d'un tribunal supérieur à toutes les puissances de la terre devant lequel tous les mortels sont égaux, et qui les attend à l'entrée d'un monde invisible pour leur faire subir les lois immuables de cette juste égalité, narien, ce nous semble, qui divise les hommes en sujets et en maîtres, en oppresseurs et en opprimés. Telle est même la tendance de la religion à réagir contre l'injustice que les 'gouvernemens iniques sont forcés sans cesse de briser ce ressort dans l'âme des peuples ; tout en feignant de le respecter. Si , par impossible , vous trouviez un tyran de bonne foi , il vous dirait qu'il aime bien mieux avoir à lutter avec l'incrédule qu'il se flatte toujours d'acheter , qu'avec l'homme religieux dont le salaire est un autre monde.
Sans doute , dans plusieurs pays et durant plusieurs siècles , on a imposé , sous ce prétexte, un joug de fer à l'espèce humaine. Mais ce n'étaient pas des liommcs religieux qui le lui imposaient. Les membres des corporations sacerdotales qui tyrannisaient les peuples