‹ Du polythéisme romain (volume 2)Chapitre 5 sur 188 · LIV. IX. Ç · texte numérisé non relu

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respectables pour le peuple, et leur donnent, aux yeux de leurs ennemis secrets, l'apparence d'une solidité inébranlable. Mais l'inquiétude des défenseurs mêmes du Polythéisme , en devinant ses conséquences , qui n'ont pas encore été prononcées , les force à se montrer au grand Jour. Ils veulent réprimer la philosophie ; ils la persécutent, et l'irritent : alors , pour repousser une attaque imprudente , elle appelle à l'appui de ses principes les résultats qu'elle en avait séparés. Une nouvelle question s'élève , plus directe et plus dangereuse que les précédentes. A quel titre la religion possède-t-elle l'autorité qu'elle réclame pour imposer silence aux opinions qui lui sont contraires? Cette question , ainsi proposée , enfante une secte qui prend pour son but ce que les autres n'avaient considéré que comme une nécessité fâcheuse , et qu'elles s'efforçaient d'éluder. Détruire la croyance nationale paraissait aux premiers philosophes un inconvénient de leurs systèmes. Il s'en présente maintenantpourqui cette destruction devient un triomphe. Le scandale qu'excite cette philosophie audacieuse , et les périls qui entourent ses chefs augmentant l'irritation

qui Ta fait naître , rendent ses assertions plus téméraires à la fois et plus dogmatiques. L'athéisme se déclare^ conception étroite et misérable qui ne peut être excusée que par la persécution qui la provoque et qui l'ennoblit, en lui donnant le mérite du courage.

Au reste, il ne faut pas diriger contre la philosophie un reproche qui n'est mérité que par un petit nombre d'esprits médiocres et fanatiques ; car le fanatisme se place partout. Eux seuls se jettent dans l'excès d'un athéisnie grossier ; et , pour combattre leur triste doctrine, beaucoup de philosophes reculent jusque dans l'enceinte des croyances populaires; c'est ce qui arrive à cette époque , relativement au Polythéisme. Beaucoup d'hommes , frappés d'ailleurs de ses imperfections , s efforcent toutefois de s'en rapprocher, en redoublant d'efforts pour rendre ses imperfections moins révoltantes ; mais , par-là même , le Polythéisme , comme institution , est loin de gagner à l'assistance philosophique. C'est une observation dont la vérité est frappante dans l'histoire de toutes les croyances, que , lorsqu'une certaine philosophie a dirigé ses attaques contre les opinions jusqu'alors respec-

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tées , ceux des philosophes qui reviennent, sous quelques rapports, à ces opinions, ne les reprennent néanmoins qu'en partie, et s'autorisent de la partie qu'ils reprennent pour traiter avec d'autant moins de ménagement celle qu'ils rejettent ; leur zèle même ajoute à la rudesse de leurs procédés envers la croyance qu'ils défendent : en la dépouillant de ce qui les choque , ils ont la conscience qu'ils ne veulent point lui nuire.

De là se forme une espèce de Polythéisme philosophique , qui n'admet plus les traditions consacrées , et qui même révoque souvent en doute l'efficacité des rites, des cérémonies , en un mot, du culte public.

Le sacerdoce ne peut se contenter d'une telle alliance. Ces auxiliaires , qui , pour défendre la citadelle, brûlent et dévastent les faubourgs, luisontplus dangereux que des adversaires déclarés. Ceux-ci voilent quelquefois leur impiété sous des expressions abstraites , qui l'éloignent de la portée du vulgaire. Mais les philosophes qui , en persistant dans le Polythéisme , prétendent le modilier et Tépurcr à leur gré , font d'autant plus de mal à cette croyance que leurs coups portent déplus près.

Eu couséquence , les prêtres les persécutent avec un redoublement de haine. C'est ainsi que ces peuples se battent d'ordinaire avec plus d'acharnement contre leurs voisins et sur leurs frontières.

La marche de la philosophie est déterminée par la nature, d'une manière qui ne peut varier. Il lui est impossible , dans cette marche , de ne pas se séparer de la croyance du peuple : et il lui est impossible encore de se rapprocher de cette croyance, lors même qu'elle tente ce rapprochement.

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