‹ Du polythéisme romain (volume 2)Chapitre 51 sur 188 · LIV. XII. CHAP. II · texte numérisé non relu

LIV. XII. CHAP. II

prise. Il nest point de bassesse qu'elle n'imagine, point de profanation qu'elle n'impose à la religion par elle traînée aux pieds du pouvoir.

Le Polythéisme lui offre des moyens qu'heureusement le théisme lui refuse. Les ministres du théisme , dans quelque avilissement qu'ils tombent , sont forcés toujours de placer leur Dieu au-dessus de leur maître; mais le Polythéisme , qui dès l'origine admet les apothéoses, permet à ses flatteries sacerdotales d'élever ses maîtres au rang de ses dieux.

Ainsi , comme nous l'avons précédemment observé, les formes du Polythéisme parcourent un cercle. L'apothéose des héros préside à sa naissance; l'apothéose des tyrans consomme sa chute. Enfin des caprices désordonnés ajoutent à l'effet de l'oppression régulière. Peindre ces caprices serait impossible : qui peut calculer les aberrations de la force frénétique ? L'homme que rien n'arrête est saisi quelquefois d'un soudain délire, par cela seul qu'aucune résistance ne le rappelle à sa raison. Il demande des obstacles pour les briser et se convaincre de sa puissance. Tous les mortels sont pros- Tome IL 7

q8 du polythéisme.

ternes : les dieux lui semblent encore debout. H se jette sur eux comme un animai sauvage ; il jouit de fouler aux pieds ce que l'homme respecta long-temps ; il insulte l'espèce humaine dans le passé même ; il savoure ce nouveau triomphe. D'autres fois il retourne aux superstitions les plus grossières. Piosieurs empereurs cherchent les objets de leur dévotion hors des souvenirs et des habitudes. Ils aiment tout ce qui est bizarre , et comme bizarre tout ce qui est hideux ; ils repeuplent les temples de dieux animaux. Leur encens fume devant les serpens, les chiens et les crocodiles de l'Egypte. On dirait que , suivant l'instinct primitif de l'homme , ils adorent des monstres pour avoir des dieux faits à leur image.

La religion doit succomber momentanément sous tant de coups redoublés. Aussi voyons-nous , à cette époque , les idées religieuses rejetées avec mépris par toute la classe qui se prétend éclairée. Cette classe cherche, même dans l'impiété, un misérable dédommagement de sa servitude. Parce qu'elle brave, avec l'apparence de l'audace, unpouvoirqu'elle ne craint plus , elle se croit moins méprisable dans sa bassesse envers. le pouvoir qu'elle re-

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