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Des rapports de la morale avec la religion , à cette époque de la décadence du Polythéisme.
Nous avons distingué , dans nos recherches sur ces questions, deux espèces de morale, sur lesquelles la religion peut influer; l'une, nécessaire sans doute mais vulgaire et commune, qui se borne à défendre les déIits«grossiers et les actions qui troublent l'ordre public ; l'autre, d'un genre plus délicat et plus I relevé, qui pénètre jusqu'au fond du cœur ; et qui prévient le crime , non par des terreurs grossières et imminentes, mais en inspirant à l'homme une disposition d'âme qui ne lui permet plus de le commettre.
INous avons dit que , relativement à la première espèce de morale , la religion , bien qu'utile, pouvait n'être pas indispensable, et
nous avons essayé de prouver qu'en attachant une importance exclusive à ce genre d'utilité dans la religion , on la faisait descendre du rang qu'elle doit occuper, en méconnaissant sa sainteté, sa dignité et sa plus noble influence.
Enfin nous avons démontré que c'était surtout dans ses rapports avec l'autre espèce de morale intérieure, qui change l'homme tout entier au lieu de ne faire qu'arrêter son bras dans quelques circonstances isolées , que la religionétait précieuse, que son influence était nécessaire, et qu'elle devenait la plus belle faculté comme le plus grand bonheur que la Divinité nous ait accordé.
Mais quand une forme de religion, au lieu d'être l'objet du respect, est devenue celui du doute^ du ridicule, du mépris universel, cette forme dé religion , non seulement perd à la fois tous les avantages . mais nuit à la morale loin de la servir.
Elle nuit à la morale que nous avons nommée commune et vulgaire , en ce que cette morale , ayant été appuyée sur elle , s'écroule avec l'appui qu'on lui avait donné.
Lorsqu'on a dit à l'homme que les dieux le
Liv. XII. CHAP. m. loi
puniraient, s'il commettait des actions coupables, et qu'on lui apprend ensuite que ces dieux n'existent plus, il en conclut que s'il devient coupable il ne sera pas puni.
Mais la religion, dans sa décadence, ne nuit pas moins à cette morale d un ordre supérieur , qu'elle seule crée et qui ne saurait exister sans elle. Elle-nuit à cette morale, en fournissant à l'homme l'occasion de se moquer de ce qu'il a respecté long-temps ; il contracte , par cette habitude d'employer l'ironie contre une chose sérieuse , une disposition non seulement frivole , mais étroite et basse ; et l'élégance apparente de la plaisanterie ne remédie pas à ce qu'il y a d'ignoble au fond. L'outrage qu'on dirige contre un souvenir, jadis révéré , est une sorte d'effronterie d'âme qui ravale celui qui s'y Hvre. En insultant à la religion de son pays , même quand cette religion est tombée , l'on a presque toujours intérieurement, nous l'affirmons, une sensation d'impudeur et d'indécence ; et, se familiariser avec cette sensation , c'est briser une fibre délicate , dont l'anéantissement détériore
la morahté.
Cet inconvénient existe dans toutes les re-
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ligions. Mais le Polythéisme y prête, plus qu'aucune autre, et par ses dogmes et par , ses rites.
Aussi long-temps que les mœurs sont pures et la croyance intacte, les fables qui pourraient servir d'autorisation au crime ou à la ■ licence sont peu dangereuses. L'homme ne jugeant point les dieux qu'il adore, ne se comparant point avec eux, songe à leur obéir, à leur plaire, et- nullement à les imiter. INiais quand les mœurs se déprave.^it et que la croyance s'ébranle, les ti:aditions mythologiques étant soumises à l'examen, l'homme est frappé de ce qu'on a révéré le crime, encensé l'impudicité. Il découvre que ces choses, quand elles sont accompagnées de la force , n'inspirent pas autant d'horreur qu'il le supposait, et par une combinaison singulière, moins il croit à ses dieux, plus il les imite. * '
La mauvaise influence des fables licencieuses commence avec le mépris et le ridicule versé suer c fables.
Il en est de même des cérémonies. Dès rites indécens peuvent être pratiqués par un peuple religieux avec une grande pureté de