‹ Du polythéisme romain (volume 2)Chapitre 53 sur 188 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

De la disposition intérieure de l'espèce humaine à cette époque.

A cette époque, la situation de l'espèce humaine est déplorable. L'esprit avait travaillé durant des siècles à perfectionner, puis à détruire une croyance qui contrastait avec les lumières. Les moyens de défense que cette croyance lui avait opposés, toujours vexatoires et souvent odieux, n'avaient servi qu'à redoubler son activité et son courage. Le désir de briser ce joug avait été l'unique objet vers lequel s'étaient dirigés les efforts de la pensée. Elle sort enfin victorieuse du combat périlleux qu'elle a livré. La religion déchue, ré-

duite à des rites extérieurs, est dépouillée de toute force réelle. Mais que l'homme est alors étonné de la victoire! L'agitation de la lutte , l'idée du danger qu'il aimait à braver, la soif de reconquérir des droits contestés, toutes ces causes d'exaltation no le soutiennent plus; son imagination, naguère toute occupée d'un succès qu'on lui disputait encore , maintenant désœuvrée et comme déserte, se retourne sur elle.-mème. Le monde est dépeuplé de dieux ; des êtres d'un jour se trouvent seuls sur une terre qui déjà s'eutr 'ouvre pour les engloutir. Des générations passagères, fortuites, isolées, naissent, souffrent, disparaissent; quelques ambitieux se les disputent, se les arrachent, les froissent, les déchirent; elles n'ont pas même la consolation d'espérer qu'une fois ces monstres seront jugés, qu'elles verront luire eniin le jour de la réparation et de la vengeance. Nul lien n'existe entre ces générations . dont le partage est ici la servitude , plus loin le néant; toute communication est brisée entre le passé, le présent et l'avenir. Aucune voix ne retentit des races qui ne sont plus aux races vivantes, et la voix des races vivantes doit s'abîmer bien-

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