‹ Du polythéisme romain (volume 2)Chapitre 55 sur 188 · CHAPITRE V, Désespoir de l'homme dans cette situation · texte numérisé non relu

CHAPITRE V, Désespoir de l'homme dans cette situation

De quelque opiiiioû abstraite que l'homme se pénètre , il ne peut se dissimuler qu'une force invisible pèse sur lui. Il est contre sa nature de la croire aveugle ; le raisonnement peut le conduire à ce résultat; mais le sentirmeut lutte contre une conclusion qui le révolte, et pour l'immense majorité, pour tous, peut-être, c'est le sentiment qui triomphe.

En conséquence , lorsque vous arrachez à l'homme la persuasion qu'il existe entre hji et cette force invisible des moyens de communication réguliers et salutaires , vous le privez d'une conviction qui est un besoin de son âme. Il ne peut se croire affranchi de cette force qui sans cesse l'entoure, le presse et le subjugue, mais il s'en croit abandonné, il tombe alors dans une sorte de désespoir qui le précipite dans les superstitions les plus effroyables.

C'est le spectacle que nous offre l'empire

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romain du temps de Plntarque, c'est-à-dire \ une époque où le Polythéisme était détruit san. être remplacé. Partout, dit cet écrivain, on voit des hommes se déchirant le visage, se prosternant dans la poussière, ou restant immohiles , couverts de lambeaux , ou se roulant dans la fange pour obtenir d'être réconcilies avec la divinité. Ces hommes, lorsqu'ils éprouvent quelques infortunes, n'en recherchent pas la cause dans leurs fautes ou dans leurs erreurs; ils n'en accusent pas les circonstances , ils supposent qu'un être ennemi s'acharne sur eux et les frappe. Les infirmités, l'indigence, les calamités ou pubHques ou privées, leur paraissent l'effet de la colère d'un dieu, de !a malveillance d'un démon; ils ne se nomment pas malheureux, mais hais des immortels; ils se complaisent dans leur misère; le malade repousse le médecin, l'affligé fuit 'le consolateur; ils se reprocheraient de porter quelque remède à leurs maux, de peur de résister à la volonté céleste.

Certes , un pareil état ne peut s'expliquer que par une disposition extraordinaire : on l'a considéré comme une maladie de l'esprit humain particulière à ce siècle ; mais cette ma-

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ladie avait sa cause. Ces hommes, à d'autres époques, ont été mallieureux, opprimés, avilis et corrompus. Le ii:ionde n'a jamais manqué de tyrans et d'esclaves, de conquérans et de peuples conquis , de bourreaux et de victimes. Cependant , à aucune autre époque , nous ne voyons un égarement ausei profond , une démence aussi universelle : et ce fut au sein des lumières , long-temps avant que le genre humain fût retombé dans la barbarie , cinq siècles après Aristote , deux siècles après Cicéron , dans un moment où les ouvrages de tous les sages de l'antiquité étaient dans les mains de tout le monde, que des hommes de toutes les classes se montrèrent atteints d-e cet étrange délire , dont nous ne trouvons aucun autre exemple.

Même chez les nations chez lesquelles des corporations toutes puissantes prolongeaient l'ignorance et encourageaient la superstition, l'on ne remarque point cette agitation désordonnée. La masse de ces nations suit paisiblement la route qui lui est tracée ; elle porte avec docilité un joug qui l'abrutit sans doute , mais qui ne la jette point dans une inquiétude convulsive. C'est qu'au sein de la servitude ,

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