LIV. XII. CHAP. VI
lespassans (1). Chaque bourg, chaque village avait sa sfatue, son image, ou sa caverne miraculeuse. Chaque individu possédait quelque talisman, qu'il portait sur sa poitrine ou à ses doigts, en forme de bague (2). Les philosophes et les rhéteurs grecs ne pénétraient dans les familles riches qu'en qualité de faiseurs de prestiges (3); de simples particuliers en entretenaient à leur solde 5 parmi leurs parasites ou leurs serviteurs (4). La fausseté des prédictions ne nuisait point aux moyens dont l'incertitude avait été déjà démasquée. Des devins avaient prédit à Pompée, à Crassus, à César, qu'ils mourraient dans une vieillesse paisible (5). Ce souvenir n'empêchait pas Tibère de consulter d'autres devins. La magie devint la base de toutes les sciences; la médecine ne consista plus qu'en formules mystérieuses et en mots barbares. Xénocrate d'A-
(i) Lucien.
(2) Plin. Ilist. nat. XXV-XXXII. — Suet. in Ner. c. 56. et ibid. Casaub. — L'image d^ Alexandre le Grand passait pour un talisman lies puissant.
(3) Praesligiatores.
(4) Schmidt, de sacrif. et sacerd. .-Egypt. p. i i6-i 23 ,
(5) Ciceio de Div. TT. 47-
phrodisium , dans son livre sur l'art de guérir , n'indiquait pour remèdes que des incantations et des amulettes (i). Ceux à qui l'on dérobait quelque objet précieux, recouraient aux sorciers plutôt qu'aux magistrats (2). Les gouverneurs des provinces interrogeaient des devineresses sur le sort de l'empire. Les empereurs appuyaient d'enchantemens les armées qu'ils envoyaient contre les barbares. Lespbilosopbes faisaient desmiracles pour démontrerla justesse de leurs syllogismes. Nous apprenons de Lucien que les seules preuves qui fussent admises en faveur de Texisteuce des dieux , étaient des apparitions et desprodiges (5). Un ennemi delà religion devait applaudir à cette manière de la défendre. Les ouvrages romanesques qui prirent naissance k cette époque de la littérature déchue , assignent à toutes les passions humaines des causes surnaturelles. Xénophon dÉphèse, dans ses Amours d'An-
(i) Fabricii BiU. grœc. XIII. 452. — Gaten. desimpJ. medic. Facullat. W. et X. Proœm.
(2) Chiysoslom. Opp. X. 669. XI. 44/-
(3) Dialogue du Menteur. •