‹ Du polythéisme romain (volume 2)Chapitre 62 sur 188 · LIV. XII. CllAP. VI · texte numérisé non relu

LIV. XII. CllAP. VI

thia et d'Abrocome (i) , nous peint son héroïne prête à mourir d'amour. Aussitôt l'on cherche des prêtres; ils déclarent que les dieux infernaux se sont emparés d'elle , et ils l'exorcisent. On voyait dans ce temps les démons partout et Thomme nulle part.

Cette soif de faire violence aux puissances inconnues , toujours irritée devint féroce faute de pouvoir être satisfaite. La magie fut souillée de sacrifices humains (2). L'on se servit, dans ses rites affreux, de membres encore palpitans, et dépecés avec art, suivant des règles prescrites (3). On enterra vifs des enfans. On les fit expirer de faim , pour examiner leurs entrailles (4) , ou dans l'idée que leurs âmes, transformées en mauvais génies, seraient soumises à leurs bourreaux (5).

L'état de l'univers contribuait à précipiter les hommes dans ces tentations insensées et criminelles. Un despotisme sans frein pesait

(1) Ephesiac. lib. I.

(2) Juveaal. Sat. V. 55».

(3) Horat. JE'/>oiV.37.

(4) Tb. 3o.

(5) Chrysost. I. 727. VL 27.x. 669. XI.44. 6o3.

sur le monde. Toutes les existences étaient menacées ; l'obscurité offrait à peine une garantie précaire. La crainte du désespoir excitait une ambition forcenée. Il n'était guère plus dangereux d'usurper l'empire que d'être opulent, vertueux, distingué en un mot, de quelque manière. Chacun devait aspirer à tout, parce que personne n'était assuré de rien. Le trône était le désir universel , parce qu'il était Tunique asile; de là des conspirations toujours renaissantes. Et quoi de plus simple que d'appeler au secours de ces conspirations ces forces invisibles que nul ne révoquait plus en doute , et qui seules pouvaient lutter contre les forces immenses dont la tyrannie était revêtue ? Les tyrans eux-mêmes semblaient inviter leurs sujets à s'armer de cette ressource; en poursuivant les meilleure citoyens sous le prétexte de la magie (i); ils paraissaient rendre hommage à sa puissance. A ces motifs de terreur et d'inquiétude se joignait la nécessité de remplir une vie que l'esclavage avait dépouillée de tout intérêt. L'on ne sait pas assez , malgré mille exem-

(i) Tacii. Ann. Ail. -ijctsiiiv.

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pies , dans combien d'égaremens la servitude plonge les humains , et que de douleurs elle leur impose. Il ne s'agit pas seulement des peines positives, des dangers, des humiliatons , des spoliations et des supplices ; mais les facultés inoccupées, les nobles dons de la nature condamnés à languir stériles , à périr obscurs ; la pensée et le sentiment refoulés sur l'âme inactive qu'ils oppressent ; ce souffle de mort qui glace le monde intellectuel ; ce vaste linceul étendu par une main de fer sur la partie morale de toutes les existences qui ne sont pas dégradées : ce sont là les maux véritables , d'autant plus cruels, qu'il faut les supporter en silence , et que les victimes ignorent , au milieu de l'univers muet et morne , s'il est des cœurs qui les plaignent, des esprits qui les comprennent et qui leur répondent. De là ces plaisirs sensuels, ces rafïinemens de voluptés, ces excès de tous genres, effets du mépris que l'homme conçoit sur lui-même , et qui, épuisant ce qui lui reste encore d'énergie , le livrent sans défense à tous les désordres d'une imagination partagée entre la fatigue et l'effroi. La magie s'empare ainsi des deux extrémités des sociétés, des grands, que

la corruption énerve ; du peuple , que l'oppression poursuit et accable. Le vice, au milieu d'une prospérité passagère , demande aux démons des plaisirs, tandis qu'au sein d'un malheur durable la faiblesse leur demande des secours hors de la nature.

Les seuls écrivains qui ne s'abandonnèrent pas sans réserve à cette impulsion furent Plutarque , Apulée et Lucien ; encore les deux premiers la combattirent plutôt qu'ils ne lui échappèrent. Ce qui préserva Plutarque des erreurs les plus grossières , c'est qu'il désirait, comme on le verra plus loin , rester fidèle à la religion publique. Apulée , dans son Ane d'or, montre l'intention de se moquer de la magie; mais les détails dans lesquels on le voit s'engager avec complaisance ; ses citations exactes d'un grand nombre de formules, d'évocations et d'imprécations ; les renseignemens qu'il nous transmet sur la nature des esprits, leur hiérarchie et leur action sur les animaux et les hommes; les longs voyages qu'il entreprit pour se rapprocher des enchanteurs les plus célèbres ; l'accusation de sorcellerie que lui attira son mariage avec une veuve qu'il fut soupçonné d'avoir séduite par un art coupable :

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