‹ Du polythéisme romain (volume 2)Chapitre 63 sur 188 · LIV. XII. CHAP. VI · texte numérisé non relu

LIV. XII. CHAP. VI

toutes ces choses trahissent un esprit qui n'avait pas été toujours exempt des préjugés de son siècle , ou qui du moins ne les avait surmontés qu'après s'être éclairé par son expérience personnelle et par des essais infructueux.

Les attaques de Lucien furent plus franches ; mais, comme il attaquait la magie en incrédule et n'offrait rien à sa place, il eut des succès et point d'influence : pour que la magie disparût, il fallait que la religion revînt. On s'exagère beaucoup l'efficacité du ridicule; il n'est puissant que contre un ennemi faible ; il détruit les religions usées et les gouvernemens qui chancèlent. En politique , voyez ces esclaves se courber d'autant plus devant le pouvoir, qu'ils s'en moquent en son absence ; ils croient s'être justifiés par quelques railleries, et se sentent plus en fonds pour s'avilir. Il en est de même en fait d'opinion : on tremble , et l'on plaisante ; et la vanité d'une part, et la créduhté de l'autre, se trouvent à leur aise. Le même public , qui applaudit aux sarcasmes de Lucien , prodigue sa vénération et sa confiance à l'imposteur Alexandre , à cet impudent Paphlagonien ,

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qui promène dans l'Asie un serpent apprivoisét avec une tête de carton, comme Esculape qui rend des oracles. Les villes où iH réside ne peuvent contenir îa foule qui s'empresse sur ses pas. Soixante à quatre-vingt mille pèlerins se rendent annuellement auprès de lui. Les généraux s'arrêtent au milieu de leurs expéditions pour apprendre de sa bouche s'ils doivent combattre ou se retirer (i). Les sénateurs l'accablent d'hommages et de présens ; l'un d'eux épouse en pompe sa fille , née de son mariage mystérieux avec la lune , dont il brigue le consentement à force d'hécatombes (2). Les familles les plus illustres lui envoient leurs fils pour lui servir de mi-^ nistres. Les femmes se font gloire de lui déclarer leur amour, et de s'exposer en public entre ses bras. Les maris s'honorent des caresses qu'il veut bien accorder à leurs épouses. Il indique les auteurs des crimes secrets , et des innocens sont mis à mort sur son ordre. On brûle solennellement les livres qu'il con-

(1) Sévérianus, un des j;cnciaux envoyés contre les Parihes.

(a) Rutilianiis, sénateur romain.

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