LIV. XIII. CHAP. IV
joignait à ces qualités une grande expérience , résultat d'une carrière entière et variée. Professeur de philosophie à Rome et versé dans la littérature et les usages romains, élevé au consulat par Trajan , ensuite préfet d'Illyrie, nommé par Adrien procurateur de la Grèce, et, dans sa vieillesse, prêtre d'Apollon , il put réunir aux recherches de l'érudition la connaissance des hommes. Mais, comme philosophe, il n'est guère que compilateur, et sa prétention à former des combinaisons qui lui fussent propres le rend compilateur, inexact et interprète fantastique des doctrines qu'il rapporte. L'objet favori de ses études fut toujours la religion égyptienne , et toutefois il n'est pas d'accord avec lui-même sur la manière dont il en envisage les premières bases^ Tantôt les divinités de l'Egypte sont pour lui les dieux de tout l'univers, adorés jadis par tous les hommes , et considérés à tort par les Grecs comme particuliers à l'Egypte ; d'autres fois , ce sont les symboles des élémens et des forces physiques de la nature; d'autres fois cncoïe , il applique leurs désignations aux diverses abstractions de la philosophie platonicienne. Ses ouvrages renferment beaucoup
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de faits précieux et d'idées intéressantes ; mais îout est isolé /-rien ne forme un ensemble, il n'y a point d'accord, point de relations entre les parties.
Malgré ces défauts , Plularque devient pour nous, par les circonstances, d'une importance extrême. 11 est, ainsi que nous l'avons dit, le seul représentant du parti qui voulait rallier les hommes autour dn Polythéisme, eu donnant à cette croyance un sens plus profond et une tendance plus épurée.
Ce parti se trouve dans une singulière situation. Il a conservé tous les souvenirs de l'école précédente, le mépris pour l'anthropomorphisme . la répugnance jjour les fables scandaleuses . la haine pour la superstition. Cette haine se fortifie même des exemples qu'il a sous les yeux , car il appelle superstition le délire qui précipite ses c«mtemporains dans la magie. Mais il éprouve en même temps le besoin dominant de l'époque actuelle et la soif d'une croyance fixe. Il voudrait même que cette croyance eût quelque chose de plus positif , et que ses formes parlassent plus aux sens que ne le voulaient les philosophes les plus religieux des âges antérieurs, parce que