LIV. XIII. CHAP. IV. l
que encore plus voisine de la chute du Polythéisme ; les mêmes subtilités se reproduiront , mais comme le danger sera plus grand , l'on insistera plus fortement sur l'adoration des symboles visibles , que Plutarque paraît plutôt permettre que recommander.
Tout le reste de ce système porte l'empreinte de cette double intention. Ces philosophes veulent que les dieux veillent sur le monde, non seulement en le gouvernant par des lois générales, mais en en dirigeant les détails, par une providence spéciale et particulière. Ils admettent les communications immédiates du ciel avec la terre, les apparitions, les inspirations, tout le merveilleux, eu un mot , que l'ancien Polythéisme consacrait; mais ils n'ont pas oublié à combien d'allégations et de railleries atnères, ce merveilleux a été en butte, de la part des philosophes leurs prédécesseurs, comment les ruses des prêtres ont été dévoilées , leurs réponses ambiguës livrées au ridicule, leur style même et leur poésie soumis à une analyse malveillante et à des critiques grammaticales. Ils recourent, pour résoudre ces objections et pour désarmer ces railleries, à de nouvelles
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distinctions non moins- recherchées que les premières.
C'est un spectacle curieux de voir la raison déclarant elle-même qu'elle n'est éclairée que par ses propres lumières , et s'exerçant néanmoins sur des objets qui d'ordinaire sont considérés comme au-dessus d'elle , traitant, suivant les règles de la dialectique et de la logique, les révélations, les inspirations et les prodiges, et soumettant ces choses à des règles de critique et à une série de syllogismes purement humains.
Il faut distinguer, dit Plutarque , entre la divinité et son organe. Chaque être , dont la divinité se sert pour se révéler à l'homme, transmet l'inspiration divine, conformément à sa nature. L'individualité de cet être n'est pas détruite et c'est à cette individualité, et non pas à la divinité qui se manifeste en elle , qu'on doit attribuer ce qui peut être défectueux dans la manifestation (i). Le propre d'un organe consiste à exprimer ce qu'il est destiné à faire connaître, aussi exactement qu'il le peut. Mais
(i) De Pylh. Orac. cap. 21.