‹ Du polythéisme romain (volume 2)Chapitre 80 sur 188 · LIV. XIII. CHA.P. IV. l · texte numérisé non relu

LIV. XIII. CHA.P. IV. l

cette expression ne saurait être complètement pure. Il s'y mêle toujours quelque chose d'étrange qui provient de l'imperfection de l'organe ; la nature des dieux est par elle-même invisible et impalpable ; pour se dévoiler à nous, elle emprunte un intermédiaire et la nature de cet intermédiaire se mêle à la nature divine. Plutarque prouve cette distinction par les convulsions de la Pythie, effet de la lutte de l'individualité mortelle et du principe céleste, qui veut sou mettre cette individualité pour en faire son instrument. C'est ainsi qu'il justifie la rédaction des oracles, rédaction souvent fautive, quelquefois barbare , et que nous avons vue décréditée comme telle. Ce qui vient du dieu, dit-il, c'est l'inspiration , la lumière, la connaissance de l'avenir ; le langage , l'expression vient des hommes, et peut en conséquence être tour à tour sublime ou défectueuse (i). ii^

A cette justification , il en ajoute une autre, que nous ne pouvons passer sous silence, parce qu'elle nous paraît singuliè-

(0 Plut. ml. I.

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rement caractéristique de l'époque. Dans les âges reculés, dit-il, les hommes aimaient dans leurs habitudes, dans leurs vêtemens, comme dans leur style, la magnificence et l'éclat. La poésie était le langage de la vie. Les choses symboliques et énigmatiques avaient par cela seul une apparence sainte et divine. Aujourd'hui , au contraire, les hommes préfèrent la simplicité; tout ce qui est emphatique et mystérieux leur inspire de la défiance (i).

Les efforts du Polythéisme pour éblouir ses sectateurs devenaient inutiles. Les dieux étaient forcés de modifier leurs paroles, par déférence pour le progrès des idées. Plutarque exprimait ainsi , sans le savoir, le besoin d'une religion nouvelle.

C'est particulièrement lorsqu'ils traitent des oracles, des auspices, des divers genres de divination, que ces philosophes su trouvent embarrassés. Ils savent que l'espérance d'être initiés aux choses futures est l'un des plus puissans motifs qui rattachent l'homme à la religion. Ils sentent que. dans l'affaiblissement universel de toute croyance, aucun motif n'est

(i) De Orac. Pyth. cay). ïb.

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