LIV. XllI- CHAP. IV. l
à néûligcr, et ne peuvent se résoudre à renoncer au plus efficace. Mais ils ne se déguisent pas que leur génération est trop éclairée pour croire qu'à chaque instant, pour chaque individu, dans chaque sacrifice, les lois de la nature soient bouleversées, et l'enchaînement des causes et des effets suspendu. Ils essaient donc de concilier deux choses tout-àfait incompatibles : l'une , l'observance des lois générales et régulières de cet univers; l'autre, le sens attaché aux phénomènes particuliers, comme signes de ce qui doit arriver, et comme réponses faites parles dieux aux questions de ceux qui les viennent consulter. Les plus anciens théologiens et les plus anciens poètes , dit Plutarque , n'apercevaient pourtant que l'action de la Divinité et ne comptaient pour rien les causes naturelles et nécessaires ; les philosophes qui vinrent après eux, et qui avaient découvert ces causes, voulurent tout expliquer par elles et ne reconnurent nulle part l'action d'un principe divin. Mais ce sont deux sphères d'idées tout-à-fait différentes, et dont l'une ne nuit point à l'autre (i).
(i) De Defect. Orac. oap. 48.
l58 DU POLYTHÉISME.
Le physicien enseigne l'origine et l'enchaînement des phénomènes. L'augure y démêle l'intention spéciale qui est renfermée dans ces choses, considérées comme signes. La connaissance de la nature n'est donc en aucune contradiction avec la croyance dans les auspices et les augures. Ceux qui prétendent qu'aussitôt que la cause naturelle d'un phénomène est dévoilée , ce phénomène ne peut être un signe , ne remarquent pas qu'avec cette manière de raisonner, rien de ce que l'homme crée d'artificiel ne pourrait lui servir de signe, dès qu'on en aurait connu la cause (i).
C'est un sophisme assez ingénieux , bien que sa réfutation soit aisée. Les signes artificiels que l'homme se crée ne sont assujettis à aucun ordre , indépendamment de leur qualité de signes, au lieu que les phénomènes naturels , étant soumis à des lois générales , ne peuvent à la fois obéir à ces lois et se diversifier néanmoins de manière à être des signes applicables aux événemens de chaque
(i) Les philosophes n'ont. pas ignoré ces incon- \cnicns.