CHAPITRE IV
Que le nouveau platonisme ne fut pas le résultat de circonstances accidentelles.
L'on a , de nos jours , attribué la tendance au merveilleux , à l'extase , aux communications surnaturelles , et tout ce qui caractérise d'une manière si remarquable le platonisme nouveau à une philosophie qu'on a représentée comme particulière à l'Orient , antérieure de beaucoup à l'époque où elle s'est répandue dans l'empire romain , et qui n'y aurait pénétré que par le mélange des peuples et la connaissance que les Grecs auraient acquise des dogmes de cette partie du monde (ij. Cette question est très importante ; car , s'il était prouvé que ce système eût été transporté en entier de l'étranger chez les Grecs, habitans
(i) Opinion de Brucker et de Mosheim.
l8o DU POLYTHÉISME.
d'Alexandrie , il ne serait plus une suite nécessaire de la marche des idées ; mais l'esprit^ humain se serait vu troublé dans cette marche par une circonstance purement accidentelle.
Sans doute, tous les élémens du nouveau platonisme , tels que nous les trouvons dans Plotin , dans Porphyre et dans Jamblique , se rencontrent dans les philosophies et dans les religions orientales : on y voit les émanations , l'immobilité et l'impassibilité du premier principe , la hiérarchie des esprits , les moyens de communication de l'homme avec eux , et , parmi ces moyens , l'extase , les jeûnes , les macérations ; mais ces choses , que nous avons montrées répandues dans toutes les religions soumises aux prêtres , étaient connues des Grecs long-temps avant la confusion de toutes les opinions dans le grand empire. Nous en retrouvons des traces dans les premiers fondateurs de l'école ionienne ; Pythagore en était instruit. Platon , bien qu'il ne les présente que comme des allégories ou des traditions , indique suffisamment qu'il n'aurait pas eu de répugnance à les adopter. Les mystères révélaient aux initiés la chute des âmes et leur retour vers la Divinité. Les